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Recensions JANVIER-MARS 2009

Étienne FOUILOUX, Les Chrétiens français entre la guerre d'Algérie et mai 1968

Paris, Parole et Silence, 2008, 360 p.

E. Fouilloux, professeur émérite d'histoire contemporaine à l'université de Lyon 2, rassemble dans ce volume seize articles ou contributions à des oeuvres collectives publiées ailleurs entre 1977 et 2004 (leur bibliographie a été actualisée). Malgré l'origine hétérogène de ces chapitres, l'auteur réalise un véritable livre d'histoire développant une thèse originale. La crise catholique de l'après-concile, particulièrement marquée en France, doit s'appréhender dans l'histoire du catholicisme français et de la société française. L'auteur étudie, en historien, sans prononcer de jugement, le déclin (la "marginalisation" écrit-il) et l'hétérogénéité du catholicisme contemporain et l'écart paradoxal entre "l'euphorie" soulevé par le concile et le désenchantement qui lui succède rapidement.

Le catholicisme français est en effet marqué par une suite de crises, internes et externes, qui font rejouer des oppositions anciennes et créent une suite de nouveaux clivages : affaire Dreyfus, condamnation de l'Action Française, Régime de Vichy et Libération, guerre d'Algérie, réforme liturgique, mai 68. Chaque crise réactive donc des divisions antérieures et fait surgir de nouveaux points d'affrontement. Le mot "catholique" ne s'accompagne-t-il pas toujours chez nous d'un qualificatif "intégriste", "progressiste" ou autre. La comparaison avec l'histoire du protestantisme contemporain s'avère féconde et relativise l'impact de l'événement conciliaire dans ce sens que les difficultés de l'Église de France précèdent le concile et présentent de nombreux points communs avec ce que vivent les communautés protestantes. La crise traversée par l'Église dans les années 68 est aussi celle de toute la société française, particulièrement dans les domaines qui ont trait au sens et à la transmission ; mais la crise sociale accélère la crise religieuse qui la précède. Une telle grille d'analyse fait émerger la spécificité du cas français et montre les limites d'une histoire religieuse qui se cantonnerait aux seuls débats internes du catholicisme.

Les sources utilisées ici, journaux, revues, essais, principalement, rendent peut-être insuffisamment compte de la vigueur des paroisses et des mouvements catholiques qui inventent dans les années 70 une nouvelle façon de travailler entre clercs et laïcs, se mettent à l'étude de la parole de Dieu et s'impliquent fortement dans l'application de la réforme liturgique. Bien des faits, appréhendées aujourd'hui en terme de crise ou d'abus, peuvent aussi s'interpréter comme des manifestations de dynamisme et de militantisme. L'auteur reconnaît d'ailleurs la vitalité dont fait preuve "l'Église polycopiante et réunionante" de l'après-concile. Comme un pionnier abordant sur une terre inexplorée, l'auteur appelle les chercheurs à s'engager résolument dans l'étude approfondie de cette histoire religieuse immédiate que ce livre stimulant donne envie de mieux connaître.

Ici, É. Fouilloux ne va guère au-delà de 1975, dix ans après la fin du concile. Ce choix oriente l'analyse vers ce qui dans le passé décline ou entre en crise, sans permettre d'appréhender ce qui commence à apparaître. Ni la naissance des communautés nouvelles, ni les mouvements charismatiques, ni bien sûr l'impact sur la jeunesse du pontificat de Jean-Paul II (1978-2005), "la génération Jean-Paul II", ne trouvent place ici, ce qui ne permet pas à l'auteur de s'expliquer sur la théorie des cycles d'histoire religieuse de Cholvy et Hilaire pour qui 1975 correspond au retournement de la conjoncture et ouvre une nouvelle phase.

Sans constituer l'ouvrage définitif sur l'histoire du catholicisme en France sous la IVe et la Ve République, ce livre s'avère beaucoup plus qu'une simple collection d'études monographiques. Grâce à l'immense somme de ses lectures, à sa capacité d'interroger sa documentation et à sa capacité de synthèse, É. Fouilloux rend le lecteur intelligent : il lui donne les outils pour mieux comprendre la complexité du catholicisme français contemporain, même si ce lecteur n'est ni membre du sérail, ni historien de profession.

J.-F. GALINIER-PALLEROLA







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