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Recensions JANVIER-MARS 2009

Alan CUTLER, La Montagne et le coquillage

Comment Nicolas Sténon a remis en cause la Bible et créé les sciences de la terre, trad. française, Paris, J.-C. Lattès, 2008, 286 p.

La figure de Nicolas Sténon est bien ignorée. L'ouvrage biographique de Alan Cutler vient fort à propos combler un vide par une présentation de la vie et de l'oeuvre de celui qui a été porté sur les autels par le pape Jean-Paul II en 1988. Cette canonisation est liée à la deuxième partie de la vie de Nicolas Sténon qui fut prêtre puis évêque missionnaire dans les pays du nord de l'Europe avec le souci de ramener les protestants à l'unité dans l'Église catholique. La vie de pénitence et de renoncement de cet homme, né en 1638 au Danemark et décédé le 25 novembre 1686, ont marqué ses contemporains et justifient sa canonisation.

Il est pourtant significatif de relever avec A. Cutler que cet apôtre qui s'épuisa à la tâche fut d'abord un très éminent homme de science. L'essentiel de l'ouvrage est consacré à présenter son génie. Nicolas Sténon fut d'abord un très remarquable anatomiste en des temps où l'étude des corps étaient toute neuve et restait encore marquée par le parfum du scandale. Mais c'est en tant que géologue que Nicolas Sténon fait partie de l'histoire de la science. Il a le premier observé les minéraux et proposé une "histoire naturelle" de la formation de la terre selon une chronologie qui contredisait manifestement tout ce qui avait été proposé auparavant. Il est ainsi considéré comme le fondateur de la géologie comme science exacte. Or cette science montre que l'espèce de chronologie jusqu'ici proposée à l'histoire de la terre à partir de la Bible est infondée. Il a travaillé à la fondation de la science des ingénieurs des mines... Ainsi cet homme est une figure de la fondation de la géologie. Sa correspondance, ses ouvrages et ses rencontres avec d'autres hommes de science font de lui un des acteurs marquant de la construction d'une image du monde qui ne doit rien à la lecture littéraliste ou historicisante de la Bible. À l'heure où le créationnisme et le fondamentalisme occupent la première place dans divers courants de la pensée religieuse (en Islam, dans le protestantisme, mais aussi chez certains chrétiens conservateurs) c'est une bonne nouvelle de savoir que c'est un saint officiellement reconnu qui fut l'artisan de la révolution scientifique qui a donné naissance à la géologie moderne.

Le pape Jean-Paul II n'a pas ignoré cette dimension dans le discours prononcé le 23 octobre 1988 pour la canonisation de celui dont le corps est honoré dans la célèbre basilique San Lorenzo de Florence.

Jean-Michel MALDAMÉ







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