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Recensions JANVIER-MARS 2009

SOCRATE DE CONSTANTINOPLE, Histoire ecclésiastique, livre VII
Paris, Éditions du Cerf, "Sources chrétiennes, n° 506", 2007, 224 p. Avec la traduction et le commentaire de ce volume s'achève ainsi la publication de l'ensemble de l'oeuvre historique de Socrate, auteur ecclésiastique du Vème siècle et ayant peut-être appartenu à la mouvance novatienne encore vivante à Constantinople à cette période. Autrement désigné comme Socrate le scholastique, il est né vers 380 dans cette nouvelle capitale de l'empire et il y meurt vers 450. Nous n'avons que très peu de renseignements sur sa personne, était-il moine ? Etait-il prêtre ? Il apparaît dans son oeuvre comme quelqu'un d'assez modéré, espérant influencer l'empereur théodose II dont il brosse ici un portrait d'homme plutôt conciliant et tolérant. Le livre VII de cette Histoire ecclésiastique retrace les moments importants et significatifs de ce long règne (408-450) confronté à la fois aux menaces extérieures : invasions des peuples germaniques dans la partie occidentale de l'Empire, guerres avec les Sassanides en orient ; et aux menaces intérieures : luttes et rivalités, dans les sphères politiques et ecclésiastiques, particulièrement dans la phase paroxystique du concile de 431 à Ephèse. Sur le plan de la politique intérieure, Socrate reste relativement discret quant aux "révolutions de palais" qui ont jalonné ce règne. Le nom même de Pulchérie, soeur de théodose, n'est pas mentionné, pas plus qu'il ne parle de la rivalité entre celle-ci et la première épouse de l'empereur : Eudocie. Par contre il semble s'intéresser davantage à certains faits concernant les Juifs, entre autre quant il s'agit de leur conversion au christianisme : cf. l'épisode de Crète (chapitre XXXVIII). Dans la querelle qui oppose Cyrille d'Alexandrie à Nestorius, le lecteur n'a pas de mal à comprendre rapidement une certaine aversion de Socrate pour l'évêque d'Alexandrie, qu'il n'épargne pas dans sa querelle avec le préfet oreste. Néanmoins il ne charge pas Cyrille dans l'assassinat d'Hypatie. Quant à Nestorius, le discernement de l'historien est rapide et lapidaire : il ne saisissait pas les enjeux théologiques de la theotokos par manque de formation intellectuelle et même d'intelligence (chapitre XXIX). Socrate se contente de mentionner les principaux actes du déroulement "des assemblées d'Ephèse" - avec toutefois quelques erreurs de dates - mais il se garde de toute interprétation, reconnaissant à l'empereur le soin d'avoir tenté de démêler avec sagesse et prudence un difficile débat théologique. La part la plus importante et finalement la plus intéressante reste celle dévolue à l'Église même de Constantinople. une Église qui paraît encore divisée et marquée par les affres des conflits du IVème siècle : présence encore ténue des ariens, plus conséquente des novatiens (chapitre VVI). Conflits également attisés par les positions de Nestorius, vite exilé après Ephèse. Il faut attendre l'élection de Proclos en 433 pour voir s'apaiser les conflits. Il est également curieux que Socrate ne souffle mot des décrets assez drastiques de théodose II, par exemple la loi de 428, interdisant aux novatiens de pouvoir construire de nouveaux édifices religieux. Finalement un des rares débats dans lequel il entre est celui de la translation de sièges pour les évêques (chapitre XXXVI), où il ne semble pas connaître le canon 15 du concile de Nicée et où il montre beaucoup d'exemples et non des moindres concernant ces translations. Ce volume a été traduit par Pierre Périchon, s.j, [+] et Pierre Maraval. Ce dernier a ajouté de nombreuses notes extrêmement précises, permettant de resituer le propos de Socrate et de l'évaluer à l'aune d'autres sources de la même époque. Pierre Maraval n'hésite pas quant à lui, à affirmer que Socrate appartenait très certainement au parti novatien. En cela il s'écarte totalement de l'affirmation de A. Labate dans le Dictionnaire encyclopédique du christianisme ancien (vol. 2, p. 2305). La conclusion de l'introduction de M. Maraval est sur ce point très pertinente : "L'appel à la paix et à la tolérance adressé tout au long de ce septième livre semblerait bien accréditer la thèse selon laquelle Socrate devait être novatien. De plus bien des détails édifiants sur les membres de ce "parti" permettent aussi de le penser." Trois index très riches concluent ce volume et l'ensemble de la parution de cette Histoire ecclésiastique : un premier index des textes bibliques, un deuxième des textes de la tradition patristique ou d'autres auteurs contemporains de l'historien, et un troisième onomastique et topographique. Grâce à ce travail achevé, nous est donné un accès direct et scientifique à des sources précieuses pour l'histoire du Vème siècle. Philippe MoLAC
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