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recensions OCTOBRE – DECEMBRE 2008

Marie-Françoise BASLEZ, Saint Paul, artisan d'un monde chrétien
Marie-Françoise BASLEZ, Saint Paul, artisan d'un monde chrétien, Paris, Bayard, 2008, 480 p. Cette nouvelle édition d'une biographie de Paul publiée en 1991 (Saint-Paul), mais qui n'a rien perdu de son actualité, offre un tableau passionnant de l'itinéraire et de l'oeuvre de Paul. À partir des Actes des Apôtres et des lettres pauliniennes, mais aussi de sources grecques, romaines et juives, Marie-Françoise Baslez dessine en effet les grandes lignes de l'itinéraire d'un Apôtre, "amoureux du savoir", "homme d'action", "mystique", qui "eut l'intuition d'une Église universelle et mit toute son énergie à poser les fondements d'une nouvelle société chrétienne unifiée", même si "sa pensée ne s'imposa qu'à terme, pas avant la fin du IIème siècle". Cela apparaît surtout dans un chapitre de synthèse ajouté au livre publié en 1991. Son titre : "Le grand chantier d'une société chrétienne", situe la nouveauté de la pensée et de l'oeuvre de Paul, qui "réside dans sa tentative de dissocier religion et culture pour vivre en chrétien indifféremment dans le ‘judaïsme' et l'hellénisme'". À partir d'exemples concrets, Marie-Françoise Baslez montre ainsi comment "les choix de Paul en matière de mixité, de convivialité et d'alimentation vont creuser la différence avec les communautés chrétiennes d'origine juive, restées de stricte observance. Tisserand, Paul l'a donc été également au sens métaphorique du terme, "tissant la toile chrétienne à travers le monde au moment où les structures communautaires de la cité et les réseaux romains de patronage et de clientèle créaient une armature de plus en plus solide". Mais il le fut aussi en enseignant que la parité entre chrétiens trouve son origine dans l'appartenance commune au Christ et dans son imitation. "L'autre n'est plus considéré dans sa différence, ainsi que le faisaient les Grecs et les Juifs, mais comme un ‘semblable' dans le Christ. Ainsi, la soumission des uns et des autres, inhérente à une société très segmentée et très hiérarchisée, est dépassée par la référence normative au Christ, qui crée des rapports de communion et de fraternité." Bref, si pour Marie-Françoise Baslez, le christianisme paulinien a fait voler en éclats les discriminations statutaires et culturelles de son temps, en proposant une religion qui, pour la première fois, est véritablement universelle parce qu'elle n'est pas à l'origine d'un peuple, il n'en est pas moins vrai que "ouvertes sur l'extérieur, intégrées localement à la vie de la cité et acquises à l'universalisme culturel de l'hellénisme, loyales envers les autorités de l'Empire, les Églises pauliniennes balançaient nécessairement entre conformisme et innovation". Ajoutons à cette trop courte présentation d'un livre en tous points remarquable, qu'il comporte une centaine de pages de notes réactualisées par rapport à l'édition précédente, et deux appendices, l'un consacré à un "Essai de chronologie paulinienne" et l'autre à "Ceux de Paul. Etude du milieu paulinien".
Pierre Debergé
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