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recensions OCTOBRE – DECEMBRE 2008

Daniel GERBER, "Il vous est né un sauveur"
Daniel GERBER, "Il vous est né un sauveur", La construction du sens sotériologique de la venue de Jésus en Luc-Actes, Genève, Labor et Fides/Le Monde de la Bible, 2008, 294 p. Contrairement à Marc ou à Paul, Luc ne se focalise pas sur la théologie de la croix. Depuis toujours, cela a intrigué les commentateurs bibliques, au point que certains ont été jusqu'à dénoncer une déficience théologique en Luc-Actes. Tout au long de cette remarquable étude, qui allie critique historique et analyse narrative, Daniel Gerber montre, au contraire, que Luc déploie une "sotériologie de l'événement", manifestant ainsi que, pour lui, c'est la venue de Jésus, telle qu'elle se décline dans ses paroles, ses guérisons et ses actes, qui est salutaire. À la différence de Marc qui construit un évangile où la vie de Jésus est une longue annonce du sens de sa mort, Luc écrit donc une oeuvre où la mort de Jésus est l'aboutissement d'une vie qui manifeste le dessein de Dieu. En conséquence, c'est dans l'itinéraire de Jésus en son entier que se concentre l'offre de salut, et non dans la seule Passion, ce qui colore d'une lumière particulière les événements de l'existence du Christ. On en a l'illustration avec l'évangile de l'enfance sur lequel Daniel Gerber s'arrête longuement, lieu stratégique où se conclut un véritable "pacte de lecture" entre le narrateur et les lecteurs, avant de parcourir le reste de l'oeuvre pour y repérer la manière subtile de Luc de construire le sens salvifique de la venue de Jésus. Au terme de son analyse, Daniel Gerber peut donc conclure : "Nous avons pu vérifier, grâce à cette recherche, que l'auteur de l'oeuvre à Théophile a bel et bien développé une pensée cohérente en vue de répondre à sa manière au ‘scandale' et à la ‘folie' que pouvait alors représenter pour les juifs ou les païens la prédication d'un ‘Messie crucifié'. Il apparaît notamment qu'en ayant préféré la ‘lumière' de Bethléem aux ‘ténèbres' du Golgotha en vue de convaincre son lectorat de la ‘solidité' effective du message transmis, il attribuait pour le moins une valeur sotériologique permanente aussi à la naissance et à la mission du Maître. Ayant donc renoncé à réduire la venue de ce dernier à l'instant tragique de sa crucifixion, ce qui aurait signifié dénier tout intérêt au Jésus terrestre, il a au contraire cherché à montrer comment la manifestation du Nazaréen en sa linéarité traduisait fondamentalement et définitivement le projet de salut de celui qui l'avait fait naître et envoyé pour annoncer la paix aux hommes." Pour Daniel Gerber, afin d'apprécier à leur juste valeur les énoncés christo-sotériologiques qui ne se focalisent pas sur la mort de Jésus, il ne reste donc plus qu'à étendre ce type de recherche à l'ensemble du Nouveau Testament.
Pierre Denbergé
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