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Recensions JUILLET-SEPTEMBRE 2008

Maurice BELLET, Le Dieu sauvage
Maurice BELLET, Le Dieu sauvage, Pour une foi critique, Paris, Bayard, 2007, 200 p. M. Bellet reprend inlassablement sa réflexion pour manifester que l'Évangile est source de vie et que le christianisme n'est pas chose du passé. Dans Le Dieu sauvage, il entreprend d'éclairer le mouvement de la recherche de la vérité quand il est vouloir vivre humainement. Le sous-titre, "pour une foi critique", dit bien que la méthode suivie doit beaucoup à la philosophie quand elle a le souci de l'emploi des concepts dans toute leur rigueur. M. Bellet invite à déchirer le voile des illusions ; en effet, il constate que le présent est celui de "la crise", si grave qu'elle ouvre sur le chaos, fin du monde. Le caractère radical de ce jugement repose sur la conviction que la situation présente est plus menaçante que jamais. M. Bellet dénonce trois crises. La première est liée à la fondation de la rationalité occidentale désireuse de se fonder sur un ordre au point de récuser toute intrusion extérieure. La deuxième est liée à l'appel à la liberté d'émancipation qui est la racine des révolutions mais surtout de la science. La troisième est liée à l'effondrement de l'espoir des temps modernes où disparaît l'idéal de progrès, d'ordre et de raison et donc ouvre sur ce qu'il appelle l'"abîme". C'est par rapport à cette situation et de l'intérieur que M. Bellet se situe pour conduire sa réflexion critique. Les trois figures ayant été posées (p. 25-29), il importe de se décider (p. 29-32) et donc de prendre le risque de l'épreuve de vérité (p. 33). Celle-ci se révèle triple : d'abord le doute méthodique (p. 36-40), ensuite la crise du doute lui-même quand celui-ci cesse d'être un moment passager de la quête du vrai - la psychanalyse joue alors un rôle révélateur - et enfin l'abîme quand tout s'effondre. "L'abîme est le régime du silence, l'anéantissement de la parole" (p. 49), l'absence. L'abîme est néant. Mais ce n'est pas une chose ou une idée-néant. C'est une mort, un monstre. "L'abîme est une destruction de l'humain [...]. C'est la vie comme mort, la contregenèse, la contre-naissance, jusqu'au point où cela même qui se présente comme culture, amour, vie de l'esprit, devient chute, effondrement, damnation" (p. 50). Ayant fait sentir, par la force du style et la qualité de la rédaction, ce qu'est cette perte, M. Bellet relève le paradoxe : "C'est dans l'abîme que se connaît la présence irrécusable de l'immense, débordant toute particularité, noyant toute prétention" (p. 53). L'envers atteste l'endroit, certes ! Mais il n'y a là rien de simple car il ne s'agit pas ici de nécessité logique mais d'un itinéraire pour accéder des ténèbres à la lumière, pour naître à l'humanité où s'achève toute violence. M. Bellet introduit alors un concept nouveau, un néologisme : "différential". Il se situe en amont, pour y séparer le mortifère du vivant. C'est d'abord une décision (p. 58) qui au plus profond de la détresse ne peut être que rencontre (p. 59). On se trouve là en amont de tout discours (à commencer par le discours moral). Cette parole surmonte les malheurs qui accom-pagnent les crises évoquées plus haut et qui supposent un style de parole qui privilégie l'acte par rapport à son énonciation (p. 64) et que M. Bellet appelle "parole inaugurale" (p. 65). Or cela suppose une séparation d'avec le processus mortifère. Cette séparation différencie ; elle réoriente, parce qu'elle se situe en amont de toute construction de soi et de tout système de pensée et de langage. La suite du propos se présente comme un itinéraire. Un premier pas consiste à surmonter la triple peur (p. 67), pour pouvoir annoncer la parole qui subvertit l'abîme (p. 74) et qu'il convient de nommer en vérité "Évangile". Il importe de souligner que cette annonce n'est pas seulement une énonciation mais un acte au sens où : "si je dis : Christ est ressuscité, ou si je dis : aimons-nous les uns les autres, je dis la même chose, parce que le lieu de cet amour est l'abîme, quand l'abîme est traversé par l'homme resurgissant de la ténèbre" (p. 79). C'est en effet là que tout change : "Différential : le voici, ici, à pleine force ; séparation d'avec la destruction descendant jusque dans le lieu de l'être humain détruit, inaugural d'une figure d'humanité où tout va vers la vie" (p. 80). Dans cette traversée, M. Bellet rencontre le Christ, parole qui, du coeur de l'abîme, le subvertit. Il lui reste ensuite à expliciter ce que cela signifie pour ceux qui suivent cette route. Il revisite les lieux traditionnels de la vie du croyant : l'Écriture (p. 88- 93), la communauté chrétienne (p. 94- 96), l'Évangile (p. 97-100) où le Christ paraît autrement, et la vie quotidienne qui est un chemin qui va vers l'avant (p. 104-120). La troisième partie de l'ouvrage est plus théologique - au sens strict du terme. M. Bellet examine ce que l'on peut dire de Dieu et il le présente sous l'image de l'explosion qui fait éclater le discours convenu du catéchisme pour suivre les traces de l'expérience spirituelle dont il donne un exemple dans l'itinéraire de Thérèse de Lisieux. Et au terme de ce parcours il revient au coeur de la nouveauté évangélique : le temple de Dieu est l'homme où réside l'Esprit. Le fait d'avoir lu cette belle étude pendant la semaine sainte et l'octave pascale, a sans doute rehaussé, à mes yeux, la dimension mystagogique de ce livre qui veut comprendre ce qu'est le mystère de la kénose du Verbe. Reste qu'il s'agit d'un livre qui répond en profondeur et sans esprit polémique aux grands reproches que l'athéisme contemporain adresse au message chrétien - dont une figure exemplaire est donnée par Michel Onfray. Ce livre rendra donc d'immenses services à tous ceux qui ont le souci de transmettre la foi et la vie à la génération qui vient et qui devra affronter les grands périls du siècle qui a commencé dans la violence et la perte des repères éthiques fondamentaux. Il donne surtout un grand souffle d'espérance à tout chercheur de vérité, à tout homme en quête du vrai visage du Dieu d'amour.
Jean-Michel Maldamé
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