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Recensions JANVIER-MARS 2008

Jean-Marie CONSTANT, La Folle Liberté
des baroques (1600–1661)
Jean-Marie CONSTANT, La Folle Liberté des baroques (1600-1661), Paris, Perrin, 2007, 322 p. Jean-Marie Constant, historien spécialiste des XVIe-XVIIe siècles, président de l'Association des Historiens Modernistes des Universités de France, publie un chef d'oeuvre comme les grands historiens en produisent, lorsque, après une longue fréquentation des archives, parvenus à la maturité de leur art, ils se libèrent du carcan des conventions académiques pour produire une réflexion originale et synthétique. Telle est cette Folle liberté des baroques que l'auteur publie, sans notes infra-paginales ni lourde érudition, chez un éditeur plus habitué aux livres d'histoire grand public qu'aux ouvrages universitaires. L'histoire politique, l'histoire de l'art et l'histoire littéraire fournissent les fils que l'auteur entrelace avec art pour peindre un portrait, celui de la noblesse entre la fin des guerres de religions et l'établissement de l'absolutisme. Au-delà de la seule noblesse, il s'agit du portrait de la France au carrefour des chemins, entre Astrée et Polémas. Prendra-t-elle la voie d'une société immobile, d'un pouvoir de proximité, décentralisé, aux mains de la noblesse et des assemblées réunissant les trois ordres, où des hommes libres contrôlent les dépenses, organisent leur défense et mènent leur politique étrangère en favorisant la paix, la réforme catholique et celle de l'Etat ? Ou suivra-t-elle celle d'un Etat centralisé, absolu, belliqueux, dépensier, servi par des hommes de loi supplantant la noblesse de sang ? Ne se reconnaissant pas dans la transformation de la monarchie entreprise par Louis XIII et Richelieu, la noblesse pousse le désir de liberté à son paroxysme, multiplie les stratégies de fuite et les conduites suicidaires : duels défiant l'interdiction royale, complots à répétition, soulèvements sans espoirs au nom de la fidélité à l'amitié, repli dans la littérature ou la dévotion, exils extérieurs et intérieurs à la campagne ou dans un cloître. Longtemps, l'historiographie n'a suivi que les vainqueurs, parce qu'ils préparaient la modernité. J.-M. Constant réhabilite la vision des vaincus, reconstitue une vision alternative d'un avenir qui aurait pu rapprocher la France d'une évolution à l'anglaise ou à la hollandaise. L'auteur, bien qu'il n'abandonne rien de sa rigueur d'historien, réussit à offrir trois cents pages qui se lisent presque d'un trait, avec la jouissance que procure le sentiment de comprendre de l'intérieur une société sur laquelle nous avons tous rêvé avec Alexandre Dumas. Un index et une courte bibliographie permettent de retrouver les nombreux personnages qu'il fait défiler et les ouvrages cités au fil des chapitres, répondant aux besoins des étudiants et des enseignants qui ne se satisferaient pas du seul plaisir de lire.
Jean-François GALINIER-PALLEROLA
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