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Recensions JANVIER-MARS 2008

Henri de LUBAC, Sur les chemins de Dieu,
OEuvres complètes I
Henri de LUBAC, Sur les chemins de Dieu, Oeuvres complètes I, sous la direction de Georges Chantraine et François- Emmanuel Duchêne, Paris, Éditions du Cerf, 2006, 412 p. Quoique publié après d'autres volumes, celui-ci est le premier des OEuvres complètes d'Henri de Lubac, qui avait lui-même souhaité le mettre en tête de la série. Amorcé dès le début des années 1920, époque de sa formation philosophique à Jersey, le livre parut en 1945 sous le titre De la connaissance de Dieu, avec une dédicace significative : "À mes amis et à ceux qui ne croient pas". De fait, il s'inspirait de la conversation avec un ami incroyant, enrichie par des notes de lecture et des réflexions personnelles, rassemblées en courts paragraphes de façon un peu décousue. Il ne comptait alors que cinq chapitres et aucune note. Les éditions ultérieures, de 1948 et de 1956, y ajoutèrent deux chapitres, une postface, et surtout 455 notes érudites qui donnaient au livre une vraie consistance universitaire. Il attira alors l'attention des milieux thomistes intransigeants, qui le pourchassèrent de leurs critiques. La remarquable présentation d'Emmanuel Tourpe retrace en quarante pages l'histoire de ce qu'il faut bien appeler un malentendu. Car là même où il se démarque du thomisme, "le P. de Lubac fait montre d'une puissante inspiration thomasienne, qui n'hésite pas à prolonger l'intention inachevée de saint Thomas quand la lettre lui en paraît trop étroite, ou les interprétations possibles en conflit" (p. XXVII). E. Tourpe y voit l'invitation à un "méta-thomisme" dont les débats ultérieurs sur la question du surnaturel montreront l'importance et l'enjeu. Mais le souci de préciser son rapport exact à la tradition thomiste reste adventice, voire encombrant, par rapport à l'intention première du livre qui est de saisir l'élan de la pensée humaine vers Celui qui en est la source. Car cet élan de la foi, sans être contraire à la raison, l'anime et la dépasse. Henri de Lubac souligne constamment ce double aspect de l'affirmation de Dieu : sa pleine harmonie avec les exigences de l'intelligence et son irréductibilité à une "idée intellectuelle". Le Dieu que ces pages nous font entrevoir est donc au-delà des preuves traditionnelles de son existence, bien que celles-ci le visent authentiquement. H. de Lubac n'écrit pas une apologie visant à confondre les incroyants, il décrit la vie de l'esprit humain en tant qu'animé par une Présence. "Ce n'est pas une preuve qui m'a donné mon Dieu, ce n'est pas la critique d'une preuve qui me l'enlèvera" (p. 220). Mais il accueille les objections de l'incroyant comme jouant un rôle salutaire pour la foi elle-même. L'athée "apporte ce sel qui empêchera mon idée de Dieu de se corrompre en se figeant" (ibid.). Les Pères de l'Église, notamment Clément et Origène, Hilaire et Augustin, Grégoire de Nysse et Denys l'Aréopagite, occupent une place de choix dans ce florilège. Mais l'érudition impressionnante de l'auteur apparaît à plein, puisque l'index ne recense pas moins de 400 auteurs cités. Ces pages donnent donc un excellent aperçu de la méthode d'Henri de Lubac : puisant profondément aux sources de la tradition, il les enrichit de sa vaste culture et ressaisit le tout à partir d'intuitions théologiques hautement éclairantes. Plus qu'un simple essai de jeunesse, ce livre est la première pierre d'une oeuvre dont l'axe est tracé.
Daniel VIGNE
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