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Recensions JUILLET-SEPTEMBRE 2007

Hélène et Jean BASTAIRE, Pour une écologie chrétienne Laurent LARCHER, La Face cachée de l'écologie

Hélène et Jean BASTAIRE, Pour une
écologie chrétienne,
Paris, Éditions du Cerf,
2004, 88 p.
Laurent LARCHER, La Face cachée de
l'écologie
, Paris, Éditions du Cerf, 2004,
270 p.


Les débats sur l'écologie ne se
cantonnent pas au seul domaine des
discussions techniques qui relèvent de la
science, ni aux débats qui relèvent de la
gestion des ressources au plan économique.
Ils sont surchargés de sentiments et de
passions dont les motivations touchent au
sacré. Dans ce contexte, les discours
écologiques dominants participent des
courants antichrétiens qui dominent notre
société. C'est dans ce contexte qu'ont été
écrits les deux ouvrages que nous recensons.
Le premier est écrit par Hélène et Jean
Bastaire. Dans l'esprit franciscain qui les
caractérise, les auteurs montrent que le
discours écologique qui attaque le
christianisme est dans l'erreur puisque la
tradition chrétienne porte des richesses qui
permettent de construire une théologie de
l'écologie. Une première étape de leur étude
consiste en une lecture des Écritures, depuis
le récit de la Genèse jusqu'à l'Apocalypse en
soulignant la dimension cosmique de la
rédemption accomplie par le Christ. La
deuxième étape est une rapide évocation de
la Tradition chrétienne où les auteurs
montrent le sens cosmique de la liturgie et
les figures de sainteté, dont François
d'Assise reste le modèle. Or cette tradition
est plus large qu'on ne le pense et on lit avec
surprise l'attestation de la résurrection des
animaux à la fin des temps chez des maîtres
dont l'image d'austérité est grande, Calvin
en particulier. La troisième étape entre dans
le conflit idéologique actuel. Les auteurs
cherchent l'origine de la crise écologique
dans la déformation de la parole de la Genèse
dans la philosophie qui voit dans l'animal
une machine. Ayant ainsi nommé la source,
il leur est facile de montrer que c'est là une
déformation qui dénature le christianisme
qui ne saurait être accusé d'être à la source
des malheurs de la planète. La quatrième
étape explicite ce que doit être aujourd'hui
un écologie chrétienne tendue vers
l'accomplissement de toutes choses en
Christ. Le livre est préfacé par trois évêques...
ce qui lui donne autorité dans les débats
actuels. Il faut reconnaître que par sa
sérénité, par la qualité d'écriture comme par
le sentiment d'amour de la nature qui
l'imprègne, cet ouvrage est à recommander à
tout public.
L'ouvrage de Laurent Larcher est plus
important pour éclairer le débat. Il est plus
érudit. Il est aussi plus polémique et plus
mordant. L. Larcher entend démasquer ceux
qui attaquent le christianisme en l'accusant
d'être à la source des malheurs de la
planète. Pour cela il entreprend une lecture
minutieuse des courants philosophiques qui
habitent la pensée de ceux qui militent sous
la bannière de la Deep Ecology.
La première partie, "De l'hédonisme au
biocentrisme", est consacrée à une
description des courants dominants de cette
philosophie engagée. L. Larcher cite les
auteurs qui en font partie en montrant
comment sa radicalité est le fruit d'une
évolution anti-humaniste. Notons tout de
suite que l'abondance des notes, la précision
dans la présentation des auteurs et de leurs
oeuvres ainsi que la présence d'encadrés
donnant les textes fondateurs font de cette
présentation une excellente documentation
qui permet un travail scientifique. Les thèses
de la Deep Ecology sont ainsi exposées en
toute rigueur.
La deuxième partie est historique ; elle
consiste en la généalogie de ce que
L. Larcher appelle un "fantasme" : "Histoire
d'une quête éternelle : sur les traces de l'âge
d'or et du paradis terrestre". L'ensemble
montre la grande culture de l'auteur qui part
de l'Antiquité pour étudier l'effet de la
découverte de l'Amérique et la fuite en avant
de ceux qui cherchent ailleurs un paradis
perdu. Les auteurs cités sont des voyageurs,
des scientifiques, mais aussi des auteurs
littéraires qui tous ont développé cet
imaginaire d'une terre d'abondance. De
Kipling à la recherche de la vie extraterrestre,
les thèmes sont abondants et
présentés avec précision. Les citations sont
éclairantes. Elles montrent bien la part de
rêve, le désir fusionnel de communion avec
la nature et les équivoques du sacré qui
récusent la théologie de la création,
puisqu'au fondement de la Deep Ecology se
trouve une forme de monisme.
La troisième partie est une réponse
aux attaques contre les chrétiens :
"Écologisme et christianisme : un nouvel
adversaire". Une première étape expose les
critiques ; une seconde montre qu'au
contraire l'Église dispose d'une théologie qui
assume le sérieux de la pensée écologique.
L'auteur cite à ce propos les engagements
chrétiens, les travaux oecuméniques et des
textes de Jean-Paul II qui fondent une
écologie. La troisième étape montre que la
difficulté majeure vient de ce que les
militants écologistes ne savent pas situer
l'homme face aux autres vivants. Ils en font
un vivant comme les autres animaux, sans
reconnaître la grandeur et la spécificité
humaine qui est dans la raison, la réflexion et
l'ouverture à un Dieu transcendant.
Ce livre, écrit sur un ton polémique, est
sans concession. La qualité du travail et la
valeur des exposés en font une pièce de
valeur dans le débat philosophique et dans
l'action militante au service de la vie.


Jean-Michel MALDAMÉ







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