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Recensions JANVIER - MARS 2006

Vatican II sous le regard des historiens, Colloque du 23 septembre 2005, Centre Sèvres – Facultés jésuites de Paris, sous la direction de C. Theobald
L’occasion de ce colloque, outre le quarantième anniversaire du concile Vatican II, est la coïncidence de la parution du cinquième tome de l’Histoire du concile Vatican II, dirigée par Giuseppe Alberigo (Paris, éditions du Cerf – Louvain, Peeters, 2005), et celle, en langue allemande, d’une nouvelle série de commentaires des textes du concile dirigée par le Professeur Peter Hünermann de Tübingen (Herders theologische kommentar zum zweiten vatikannischen Konzil, cinq tomes, Freiburg, Herder, 2005). Faut-il alors, demande Christoph Theobald dans une introduction stimulante, “Transmettre l’histoire de Vatican II ou/et commenter ses textes ?” G. Alberigo met en avant le récit de l’événement conciliaire et les compromis qui ont abouti à la publication des documents du concile. P. Hünermann recherche l’unité de ce corpus par le recours à une analyse des genres littéraires et à la notion de constitution comprise de façon analogique par rapport à la constitution des États. Ch. Theobald montre l’entrecroisement des deux démarches : enracinement historique du corpus conciliaire et de ses destinataires, nécessité pour la réception du concile de recourir à un corpus textuel lu en fonction des genres littéraires et orienté par une dynamique interne. Giuseppe Alberigo nous introduit à une réflexion herméneutique sur l’histoire du concile Vatican II. Reprenant la thèse qu’il développe dans les cinq tomes de sa volumineuse Histoire, il présente “La conversion des évêques, sous l’impulsion de l’Esprit Saint”, qui a rendu possible le “renversement” des timides vota envoyés à Rome avant la réunion du concile au corpus de textes finalement approuvés (p. 27). Tel est l’événement conciliaire, spirituel et historique, que l’auteur veut analyser dans sa globalité. Il demeure, affirme-t-il, irréductible aux seuls documents promulgués. Au lieu de prendre pour grille l’élaboration des seize documents conciliaires, il prend le parti de suivre le rythme du concile lui-même, les alternances des sessions et des intersessions, des congrégations générales et des commissions, des groupes informels et des rencontres personnelles. Sa communication fait parcourir les cinq volumes de l’Histoire et ressortir les principaux apports de chacun. Il présente en dernier lieu de nouvelles perspectives pour une recherche transversale, par exemple sur le thème de l’aggiornamento. Hervé Legrand propose de relire L’Histoire du Concile Vatican II, d’un point de vue ecclésiologique. L’entreprise dirigée par G. Alberigo présenterait des “points de convergences” (p. 55) avec le projet d’histoire totale de l’école des Annales ; elle combine une approche des personnes, des mentalités, des institutions et se polarise sur le phénomène de l’assemblée en tant qu’événement. La méthode historique rigoureuse, “sans confusions, mais sans séparation”, laisse sa place à une dimension croyante, “métarationnelle” (p. 50) : “À travers tout cela l’Esprit Saint n’a-t-il pas été à l’œuvre ?” (p. 55). Se situant comme théologien, H. Legrand montre par plusieurs exemples la complémentarité des démarches de l’historien et de l’ecclésiologique. Il conclut à la nécessité d’un abord de Vatican II à partir de la genèse des textes, notamment pour clarifier un certain nombre de controverses postconciliaires. Pour l’auteur, en effet, les papes, ni la curie, ne sauraient modifier les décisions d’un concile mais seulement en donner l’interprétation authentique en respectant leur sens et leur intention ; dans ce cas, une histoire doctrinale rigoureuse de la genèse des textes conciliaires fournirait un “terrain bien plus solide que l’appel à ‘l’esprit du concile’ ou même au concile comme événement” (p. 75). H. Legrand qualifie “d’imprévoyance la négligence de Vatican II pour le droit canonique et le développement d’institutions homogènes à son ecclésiologie” (p. 81). Toutefois, pourrait-on objecter, s’il appartenait aux théologiens de trancher ce que le Concile a vraiment voulu dire et qui s’imposerait aux papes, à supposer qu’ils arrivent à se mettre d’accord, cela reviendrait à accorder au ministère des théologiens un rôle éminent qui trouverait difficilement sa place dans la structure hiérarchique de l’Église. Michel Fédou discute l’inter-prétation du Concile comme événement. L’insistance de Vatican II sur l’historicité de l’Église doit guider la lecture des textes conciliaires en invitant d’un côté à “une relativisation des énoncés (en tant qu’ils portent l’empreinte d’une époque donnée)”, de l’autre à une attention sur “la transcendance du mystère” (p. 143). Cette historicité invite à scruter les “signes des temps” et à les interpréter à la lumière de l’Évangile, ce qui éclaire la visée pastorale du Concile. Si Vatican II constitue un événement exceptionnel dont l’Histoire fournit le récit, “une expérience de l’auto-communication de Dieu” (p. 146), comment transmettre un tel événement et comment ceux qui ne l’ont pas vécu peuvent-ils s’approprier le concile ? L’auteur voit le danger de considérer le corpus conciliaire comme un en-soi détaché de l’expérience théologale conciliaire et de la dynamique qu’elle génère. “Une juste interprétation de Vatican II implique plutôt que l’on communie à l’expérience qui fut celle des pères conciliaires […]. À cette condition, l’héritage du concile est vraiment promesse, et Vatican II demeure pour nous un commencement” (p. 157). L’abondance du corpus conciliaire invite aussi à en faire une lecture thématique. Étienne Fouilloux étudie le décret Ad gentes dont il suit la difficile élaboration et propose une évaluation historique et critique : “Faute d’une analyse concrète de la situation, Ad gentes reste dans un entre-deux qui ne satisfait pas pleinement les jeunes Églises tout en débouchant sur une crise missionnaire” (p. 93). Christiane Hourtricq traite de la place de la vie religieuse, d’abord dans les travaux ecclésiologiques, la structure de l’Église et la vie du Concile, puis dans le bilan et la réception de Vatican II. Elle regrette que l’Histoire accorde peu de place à ce thème et conteste son jugement sévère sur le décret Perfecta caritas. Gilles Routhier, quant à lui, se penche sur le laïcat. La question du laïcat bénéficie d’un ample mouvement historique qui voit les derniers papes développer un enseignement sur l’Action catholique et la mission des laïcs dans l’Église. L’auteur nuance l’affirmation habituellement admise d’une participation tardive des laïcs au concile, ne serait-ce que par le biais des média et de l’opinion publique. Il regrette que l’Histoire ne fournisse pas une vue d’ensemble du thème et ne lui réserve pas une place suffisante. Il étudie ensuite l’enseignement de Vatican II sur les laïcs, dans une étude transversale du corpus conciliaire et constate : “L’enseignement conciliaire sur l’apostolat des laïcs était grevé d’importantes limites, voire de contra-dictions” (p. 124). Aussi, conclut-il, la participation des laïcs au concile a plus d’importance que l’enseignement conciliaire sur les laïcs (p. 125). En quelque cent soixante pages, ce colloque nous fait participer à un débat sur la réception du concile renouvelé par les parutions d’ouvrages récents et fondamentaux. L’appel à des historiens et des théologiens de renommée internationale, leurs communications denses et claires, lui donnent un intérêt exceptionnel. Ces actes mériteraient une large diffusion et une publication sous une forme moins austère. J.-F. GALINIER-PALLEROLA
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