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Recensions JUILLET - SEPTEMBRE 2005

“Faut-il croire au merveilleux ?”, Actes du colloque de Metz, sous la direction de Patrick Dondelinger.

“De Halloween à Harry Potter, on note l’ascendant croissant que semble exercer sur un bon nombre de nos contemporains, y compris les adultes, un certain merveilleux aux motifs traditionnels” (p. 26), note Patrick Dondelinger dans la conférence d’introduction du colloque de Metz. Il note ensuite : “On n’a pas à s’étonner que le merveilleux, autrefois géré, soit entretenu, soit censuré, mais à coup sûr canalisé par le curé du village, se trouve actuellement être l’apanage de mouvements ésotériques opérant non pas toujours délibérément contre l’Église, mais par ce concours de circonstances, fatalement en dehors de l’Église” (p. 29). Il relève enfin que la vie chrétienne relativise le merveilleux, puisque les vertus théologales ne sont pas dans l’ordre de l’exceptionnel et induit donc une certaine réserve vis-à-vis du merveilleux. C’est dans le cadre de cette tension que s’inscrit le colloque. La première contribution de Karl-Heinz Ohlig approfondit les remarques sociologiques précédentes en cherchant à dire les racines, les motifs et l’histoire de la croyance au merveilleux dans le christianisme. Le débat prend de la profondeur avec la conférence de Jean Greisch qui voit dans le merveilleux deux attitudes : l’étonnement et l’émerveillement. Il examine en philosophe ce phénomène complexe, qui ne se réduit pas au religieux et encore moins au miraculeux. J. Greisch réhabilite le côté positif du merveilleux qui est lié à l’étonnement, attitude qui est au principe de la philosophie et donc de toute pensée. L’émerveillement est cependant au seuil de deux voies : l’une est celle de l’illusion, l’autre celle du rapport critique au réel. C’est ainsi que le débat rejaillit sur une autre considération : l’être humain doit-il perdre toutes ses illusions ? Le peut-il sans se détruire ? Sur ce point le philosophe se laisse instruire par la psychanalyse. Le propos s’enchaîne donc parfaitement avec la conférence d’Antoine Vergote. Il retrace les visions du monde en montrant comment la naissance de la modernité déplace la question du merveilleux. Dans la période pré-moderne, le merveilleux s’accorde bien avec la croyance ; la foi strictement monothéiste y apporte cependant un déplacement significatif, car elle reconnaît l’autonomie du monde. C’est avec la vision du cosmos moderne que la situation change radicalement, puisque la science rencontre des énigmes, mais ne rencontre plus le merveilleux et encore moins le miraculeux. Galilée et Darwin sont cités, mais c’est Freud qui est le plus longuement étudié. Pour lui, “tout phénomène merveilleux qui se produit en l’homme s’explique par des mécanismes psychologiques” (p. 89). La modernité est constituée dans ses exigences : “Les sciences de la modernité s’établissent sur la conviction qu’une armature rationnelle est déposée dans les choses du monde et que celle-ci impose un ordre intelligible aux évolutions des astres, aux formes de la vie qui apparaissent et même aux mouvements affectifs et aux styles de vie et de pensée des humains” (p. 90). A. Vergote note que ceci s’accorde parfaitement avec la notion biblique de création du monde par un Dieu unique et sage. La véritable difficulté consiste alors à montrer comment le comportement humain ne doit pas s’enfermer dans un réseau de relations déterminantes. A. Vergote interroge la tradition romantique (certes anti-scientifique, mais différente de la mentalité pré-scientifique) pour qui le réel est révélé par le rêve et l’imagination. Il en conclut que le monde n’est pas clos. Car même hors du romantisme, l’expérience esthétique et l’expérience de la raison elle-même donnent accès à une dimension du monde qui doit être qualifiée de mystère. Cette expérience est différente de celle de la foi qui est relation à un Dieu transcendant. Le mystère est alors hors du monde. Mais alors, conclut A. Vergote : “La modernité ne supprime pas le merveilleux, mais en le restituant au monde, elle lui enlève l’évidence du surnaturel divin” (p. 96). Le merveilleux ne donne plus à croire au surnaturel chrétien et Jésus a appris à ses disciples que “la foi qui interprète et transfigure le merveilleux ne doit pas se confondre avec une obligation religieuse de croire au merveilleux” (p. 97). Après ces deux conférences, les autres communications examinent des dossiers et des cas particuliers : l’expérience mystique d’Adrienne von Speyr ; l’Église et la tradition ésotérique (le cas de l’abbé Mermet) ; les apparitions de la Vierge au Moyen Âge ; le cas “Marpingen” en Allemagne (un Lourdes allemand ?); le merveilleux en milieu urbain (à Mexico). Michel Meslin, empêché de participer au colloque, a écrit une conclusion où il note : “Placé à la convergence du désir et de l’espoir, le merveilleux apparaît comme une part importante de la nature humaine” (p. 242). Il en donne une explication psychologique. Pour lui, le merveilleux existe dans l’être humain qui le crée en forme de langage et il naît d’un dynamisme psychologique. Il faut donc opérer en la matière un discernement. Le colloque s’achève sans trancher, mais les approches philosophiques et psychologiques que nous avons rapidement résumées montrent la voie pour une étude théologique qui use de la raison éclairée par la foi. J.-M. MALDAMÉ





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