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- Recensions OCTOBRE - DÉCEMBRE 2004
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Jean-Marie LAURIER, Marcher dans l'humilité, Thérèse d'Avila et la théologie de la justification

Jean-Marie LAURIER, Marcher dans l'humilité, Thérèse d'Avila et la théologie de la justification, Toulouse, Éditions du Carmel, 2003, 372 p. Depuis une cinquantaine d'années les théologiens, espagnols pour la plupart, se sont intéressés à la question de ''la véritable humilité'' face à la ''fausse humilité'' ou aux ''apparences d'humilité'', à laquelle Thérèse d'Avila apporte une réponse née de son expérience et de son sens naturel pour ce qui est vrai. Dans sa thèse soutenue à l'Université de Fribourg, Jean-Marie Laurier ouvre le débat en le resituant dans le contexte de la Réforme protestante avec la doctrine luthérienne d'une justification par la foi qui exclut toute ''médiation humaine dans l'accueil du salut de Dieu'', l'homme restant fondamentalement pécheur, et dans celui du décret du Concile de Trente sur la justification (13 janvier 1547) qui, en réaffirmant la réalité et l'intériorité du salut dans l'homme, exaltait l'humilité comme attitude de reconnaissance et d'accueil d'une grâce tirant son efficacité de Dieu lui-même. La synthèse thérésienne sur l'humilité fondée sur l'acception sereine de soi et l'accueil lucide de l'œuvre de la grâce, se trouverait ainsi entre la Réforme protestante et la doctrine catholique, dès lors qu'elle est remise dans la perspective de la théologie du péché, de la doctrine de la justification et de la grâce. Cette intuition, déjà suggérée par Tomàs Alvarez en 1962 et Jésùs Castellano en 1978, a, selon Laurier, un double intérêt : redonner à l'humilité ses lettres de noblesse et contribuer à renforcer les points de convergence apparus dans la récente Déclaration commune de la Fédération luthérienne mondiale et l'Église catholique romaine, signée le 31 octobre 1999. La ''méthode historique'' choisie par l'auteur détermine son plan. Dans une première partie, il met en lumière la hantise de l'humilité de l'homme devant Dieu, d'abord chez Martin Luther (chapitre premier), puis - évidemment d'une manière différente - dans le décret sur la justification du Concile de Trente (chapitre deuxième) et dans une seconde partie, Laurier étudie la recherche de l'humilité véritable chez sainte Thérèse en relisant d'une manière chronologique et cursive les ouvrages de la sainte d'Avila : la Vie et les premières Relations (chapitre premier) ; le Chemin de perfection (chapitre deuxième) ; le Château intérieur (chapitre troisième). À chaque étape, il confronte et remet en perspective les ''données recueillies par Thérèse, avec les convictions, les requêtes fondamentales des Réformateurs, avec la synthèse catholique du Concile de Trente, avec les points de convergence de la recherche œcuménique actuelle sur la doctrine de la justification'' (p. 16). L'ouvrage se termine par cinq annexes reprenant les différents décrets du Concile de Trente, et les déclarations œcuméniques récentes, puis une bonne bibliographie et un Index des noms de personnes. Indéniablement, l'auteur a fourni un remarquable travail de lecture des textes en les analysant, malgré leur difficulté, avec finesse. Le lecteur trouvera ainsi beaucoup de plaisir à se plonger dans ces passages abondants et stimulants pour la réflexion. Notre propos ici n'est pas de reprendre l'exégèse minutieuse à laquelle Jean-Marie Laurier s'est livré car elle est pertinente, mais de poser une question : la méthode utilisée par l'auteur est-elle effectivement au service de son projet initial ? En d'autres termes, est-elle capable de rendre compte de la vérification, par la doctrine de l'humilité exposée par Thérèse à partir de son expérience, de l'exactitude de la réponse catholique aux thèses de Martin Luther sur le péché et la justification ? Sans nullement remettre en cause l'importance du sujet abordé par l'auteur, ni même la qualité de son interprétation des textes, nous pensons que non. La division du livre en deux parties distinctes : les thèses des Réformateurs et la doctrine du Concile de Trente d'une part (112 pages) et la lecture chronologique des œuvres de Thérèse d'Avila (158 pages) d'autre part, ne sert pas la convenance de la démarche dans la mesure où ces deux parties se présentent comme deux blocs homogènes sans réelle articulation. Le lecteur a l'impression de faire face à deux études distinctes sans liens entre elles, ou assez peu. Si le rappel de certaines positions de Martin Luther pour relever l'intégrité de celles de Thérèse paraissent parfois un peu plaquées, l'actualisation au débat œcuménique contemporain n'apparaît pas immédiatement. Si Jean-Marie Laurier voulait montrer la place indéniable de Thérèse d'Avila dans le débat de son temps et prouver par-là l'importance de l'expérience spirituelle et mystique en théologie, pourquoi n'a-t-il pas été fidèle au titre de son travail : Thérèse d'Avila et la théologie de la justification ? C'est, semble-t-il, de Thérèse d'Avila elle-même et de sa doctrine de la véritable humilité qu'il fallait partir pour monter par la lecture des textes que son expérience réfutait la pensée luthérienne et correspondait à celle des Pères de Trente. Pourquoi l'auteur n'a-t-il pas privilégié les rapports qui unissaient Thérèse d'Avila aux théologiens, Dominique Bañez, Pedro Fernandez et Garcia de Toledo pour montrer comment sa pratique spirituelle et ses observations pouvaient être lues comme une incarnation des décrets tridentins ? Cela est d'autant plus dommage qu'il amorce cette approche p. 131. (Notons au passage que depuis la récente étude d'Ignasi Fernandez Terricabras, Philippe II et la Contre Réforme, L'Église espagnole à l'heure du Concile de Trente, Paris, 2001, p. 166-176, on sait que Philippe II n'a pas accepté si facilement l'application sans limitation aucune des décrets de Trente). On voit mal sinon comment Thérèse de Jésus d'habitude tellement prudente dans son exposition doctrinale, aurait pu élaborer d'une manière si magistrale et si orthodoxe une pensée révolutionnaire sur l'humilité vraie aux implications théologiques et anthropologiques considérables pour aujourd'hui. S.-M. MORGAIN





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