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- Recensions OCTOBRE - DÉCEMBRE 2004
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Hans Urs von BALTHASAR, La Théologie de l'histoire

Hans Urs von BALTHASAR, La Théologie de l'histoire, tr. R. Givord, Saint-Maur, Éditions Parole et Silence, 2003, 132 p. Ce petit ouvrage, ainsi que le rappelle l'avant-propos, développe une esquisse antérieure consacrée au rapport entre la temporalité propre du Christ et le temps universel de l'histoire, rapport médiatisé par le temps de l'Église. L'introduction situe l'arrière-plan philosophique du développement qui va suivre : alors que la tradition métaphysique occidentale sépare l'ordre des essences et des lois, qui est aussi celui de la raison, de l'ordre des faits, l'incarnation du Christ insère le Logos au cœur de l'histoire elle-même et le constitue comme un ''fait normatif'' régissant l'histoire non de l'extérieur mais de son centre même : ''Par une sorte d'inversion, en effet, elle fait s'ouvrir en profondeur le monde de l'essence, du logos, sur le monde de l'existence qui le fonde, de l'existence dans le temps et dans l'histoire'' (p. 21). Le temps du Christ (ch. 1) apparaît marqué par une subordination totale de la volonté du Fils à celle du Père : ''La réceptivité pour tout ce qui vient du Père est précisément ce qu'est le temps et ce qui forme la temporalité pour le Fils dans sa forme d'existence créée''(p. 28). Par cette réceptivité totale le Fils reçoit sans cesse le temps du Père comme un temps pour Dieu à partir duquel Dieu peut avoir à son tour un temps pour le monde. C'est à partir du ''temps spécial'' du Christ que s'éclaire le temps de l'existence chrétienne déterminé par la foi, l'espérance et la charité, les premières n'étant pas à séparer de la charité car celle-ci les contient comme l'éternité contient le temps. Ainsi le temps du Christ fonde une conception de ''l'histoire dans le Christ'' (ch. 2) car c'est d'après ce temps que se donne à comprendre l'Histoire Sainte. Résumant et accomplissant en lui l'histoire du salut, le Christ fait de l'histoire l'espace de la liberté divine qui, par la grâce, vient à la rencontre de la liberté humaine. À ce titre le Christ devient ''norme de l'histoire'' (ch. 3) par l'action de l'Esprit. L'éternité glorieuse du Ressuscité investit le temps par les quarante jours qui suivent sa résurrection ainsi que l'Eucharistie et les sacrements qui sont ''la durée du Christ dans l'histoire''. De plus, sous l'action de l'Esprit, cette durée n'est pas répétitive mais met à chaque époque en relief ''des pages toutes nouvelles de la révélation divine''. C'est la mission des saints, qui sont ''la réponse d'en haut aux questions d'en bas'', que de faire apparaître cette nouveauté comme signe d'une irruption de la transcendance venant déranger le confort des bien-pensants. Cette dialectique entre la verticalité de la transcendance et l'horizontalité du temps est développée dans le ch. 4 (''L'histoire sous la norme du Christ''). Le caractère royal du Christ dit la distance grâce à laquelle l'homme vivant selon la foi, l'espérance et la charité ne confond pas le temps avec ses propres projets mais l'éprouve, à l'instar de Jésus dans son temps historique, comme sans cesse ouvert à l'irruption de Dieu : ''Le non savoir qui est formé à l'image du Fils ne voulant pas savoir, et qui est une grâce particulière de son incarnation, est la condition de tout ce qui mérite d'être appelé la 'gnose' chrétienne dans la foi'' (p. 105). Il n'y a cependant pas une coupure radicale entre la verticalité de la transcendance et l'horizontalité de l'histoire. Celle-ci, comme le révèle la flèche biblique du temps, est orientée vers une plénitude dont les progrès de l'histoire profane pourraient être le véhicule et l'analogie. Mais seul le Christ glorifié réalise la plénitude des temps : ''L'histoire a une essence immanente, mais du fait que le Christ descendu aux enfers est monté au ciel et siège à la droite du Père, il a emporté avec lui cette essence, et l'histoire ne peut plus finalement la retrouver que là'' (p. 123). Les spécialistes du théologien suisse diront si cette esquisse a été, comme il le souhaitait, plus largement développée dans son œuvre ultérieure. Mais le lecteur moins averti se trouvera déjà saisi par l'ampleur et la richesse de sa vision. A. DARTIGUES





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