|
|
|
Accueil
Recensions JANVIER - MARS 2004

Wolfhart PANNENBERG, Métaphysique et idée de Dieu
Wolfhart PANNENBERG, Métaphysique et idée de Dieu, tr. O. Riaudel, Paris, Éditions du Cerf, ''Théologies'', 2003, 126 p.
Cet ouvrage reprend une série de conférences tenues en 1986 à l'Institut pour les études philosophiques de Naples. Le célèbre théologien y exprime ses positions sur des thèmes philosophiques qu'il n'a pas eu l'occasion de systématiser dans ses travaux de théologie.
L'ouvrage débute par une réflexion sur ''la fin de la métaphysique et l'idée de Dieu''. Rappelant sur ce thème la position de Heidegger, l'auteur ne partage pas la critique faite par ce dernier de l'onto-théologie car le thème métaphysique de l'Un, d'où émerge l'idée de Dieu, est plus originaire que la différence entre l'être et l'étant sur laquelle s'appuie Heidegger. S'il est exclu qu'on puisse revenir aux formes traditionnelles de la pensée métaphysique, celle-ci doit gagner à réévaluer son lien originel avec la religion.
Elle le fait d'abord à propos du ''problème de l'absolu'' qui se forme métaphysiquement à travers l'idée d'infini laquelle, par delà son élaboration cartésienne et kantienne, en vient chez Hegel à s'identifier à celle d'absolu, lui-même à son tour caractérisé comme Esprit. Mais dans les temps modernes la métaphysique doit confronter la question de l'absolu à celle de la conscience et de la subjectivité humaine, elle doit donc ''penser l'absolu comme origine et comme but de cette subjectivité elle-même''.
Une autre tâche de la métaphysique sera de penser le rapport ''être et temps'' dans un contexte où la référence est moins l'ontologie de la finitude de Heidegger que le process de Whitehead dans lequel la substance se subordonne à la relation et l'être se constitue comme devenir. La primauté que donne Heidegger au futur sur le présent s'exprime déjà chez Plotin et dans une moindre mesure chez Augustin, avec la différence que chez ces derniers l'horizon ultime et totalisant n'est pas la mort mais l'éternité. La métaphysique sera ainsi conduite à repenser le rapport entre ''concept et anticipation''. Si une telle métaphysique veut être prise au sérieux, elle ne doit plus avoir ''la forme d'une fondation ultime de l'être et du connaître, construite avec des concepts. Une pensée métaphysique prendra plutôt la forme d'une reconstruction conjecturale en relation avec son objet, qui se distinguera de la vérité qu'elle recherche, mais qui se saura en même temps comme forme anticipée de cette vérité'' (p. 93).
Un débat sur la philosophie du process, que l'auteur conduisit à Chicago avec des disciples de Whitehead, est présenté en annexe de l'ouvrage. Cette discussion, malgré sa technicité, illustre ce que pourrait être une métaphysique de l'anticipation dans sa différence d'avec une métaphysique de la fondation.
A. DARTIGUES
|
|
 |