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Recensions JANVIER - MARS 2004

Jeanne BONNEFOY, Dieu et l'âme, Les conceptions philosophiques et religieuses de Lamarck
Jeanne BONNEFOY, Dieu et l'âme, Les conceptions philosophiques et religieuses de Lamarck, Paris, Téqui, 2002, 408 p.
C'est une agréable surprise que de découvrir le livre de Jeanne Bonnefoy consacré à l'étude du fondateur de la théorie de l'évolution, Lamarck. Cet ouvrage prolonge un travail de doctorat en philosophie consacré à la pensée philosophique de Lamarck dont il développe une dimension apologétique anti-matérialiste.
Jeanne Bonnefoy commence par donner des éléments de biographie de Lamarck ; elle présente ses travaux et les place heureusement dans leur contexte socio-politique et scientifique en montrant bien dans quel milieu scientifique Lamarck a construit son œuvre.
La première partie (''La vie est son évolution'') est consacrée à la présentation des travaux de Lamarck, qui est le créateur du mot ''biologie''. L'exposé n'est pas seulement scientifique, dans la mesure où il est attentif à chercher les principes de la pensée philosophique de Lamarck. La deuxième partie (''L'animal et l'homme'') est l'occasion de voir comment Lamarck est attentif à bien distinguer entre l'humanité et les autres vivants en soulignant fortement ce qui fait la spécificité humaine. Le propos est dirigé contre ceux qui refusent de voir la grandeur de l'homme dans son corps même et ont plutôt tendance à abaisser l'homme en le rendant semblables aux autres animaux - idée hélas dominante dans certains milieux scientifiques marqués par l'éthologie.
La troisième partie (''Aspects philosophiques'') poursuit la lecture philosophique de l'œuvre de Lamarck. Jeanne Bonnefoy expose ce qui constitue au sens strict une philosophie de la nature. Une première étape épistémologique concerne le statut de la connaissance scientifique - qualifiée de positive. Les textes de Lamarck montrent que la vive conscience des limites du savoir font qu'il laisse place à la métaphysique comme connaissance authentique qu'il ne faut négliger. Beaucoup aujourd'hui s'accorderaient avec cette vigilance épistémologique. La deuxième étape est plus neuve : Jeanne Bonnefoy montre que Lamarck reconnaît en biologie le rôle de la finalité ; elle est nécessaire pour penser l'unité de tout vivant comme organisme et pour penser l'évolution des vivants. Ce point est bien sûr en opposition avec la lecture habituelle des textes fondateurs de l'évolution.
La quatrième partie (''L'auteur de la nature'') introduit à une dimension proprement métaphysique en montrant comment Lamarck conçoit l'action d'un créateur au principe de la vie. Pour lui, il n'y a pas d'opposition entre les concepts d'évolution et de création. Ainsi Jeanne Bonnefoy renverse l'image du matérialisme attaché à la notion d'évolution.
Au cours de ces pages, tant en théorie scientifique, qu'en philosophique de la nature et qu'en métaphysique, la notion d'âme est présente. Elle est étudiée, car de fait Lamarck est fidèle à la tradition aristotélicienne.
Un livre original dans l'ensemble des études sur l'évolution. Une critique pourrait être faite, le souci de rattacher la démarche de Lamarck aux catégories scolastiques. C'est artificiel et inutile, la référence à Aristote étant plus éclairante. De même on peut regretter que Jeanne Bonnefoy n'ait pas relevé que la philosophie de la nature de Lamarck est très proche de celle qui a été développée par Teilhard de Chardin qui défend sur bien des points la même vision de la nature, en particulier sur le rôle de la finalité dans l'évolution. Certes Teilhard n'en reste pas à la position déiste de Lamarck pour développer une vision christique de la vie, mais comme Teilhard est bien connu, il aurait été important de relever cette continuité.
Cet ouvrage porte l'attention sur un des fondateurs de la théorie de l'évolution. On sent l'enthousiasme de Jeanne Bonnefoy ; on ne peut que le partager, d'autant que d'abondantes citations permettent d'accéder au cœur de la pensée de Lamarck. L'ouvrage devrait donc être retenu par les étudiants et par les scientifiques soucieux de penser leur travail en lien avec une philosophique de la nature.
J.-M. MALDAMÉ
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