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Recensions JANVIER - MARS 2004

Jacques ARNOULD, Les Moustaches du Diable
Jacques ARNOULD, Les Moustaches du Diable, Paris, Éditions du Cerf, 2003, 228 p.
C'est un ouvrage courageux et lucide que vient d'écrire Jacques Arnould dont on connaît la double compétence théologique et scientifique. Il aborde les questions qui sont l'objet de conflits à propos des relations entre ''science et foi''. Il quitte le point de vue irénique de certains, pour relever les difficultés entre scientifiques et théologiens tout en mettant au service de cette analyse ses talents littéraires.
Trois parties structurent son exposé : la première est consacrée à la permanence insidieuse du concordisme dans les milieux chrétiens et à l'aveuglement du piétisme ; la seconde partie aborde la très difficile question du hasard ; la troisième s'interroge sur les origines de l'humanité.
Dans la première partie (''tentations''), le premier chapitre traite de l'astrologie. Ce phénomène est analysé dans sa pratique sociale, critiqué dans sa prétention scientifique et décodé dans ses fondements psychologiques. Ce qui introduit au fait que la science (ici la référence à l'astronomie) n'est jamais séparée d'une vision du monde où la religion a sa part. Le deuxième chapitre parle des expériences des personnes qui vivent un coma et qui, à leur réveil, parlent d'une expérience spirituelle. Le discernement invite à une analyse de la notion d'expérience religieuse, ce qui mène à une clarification de la nature de la foi chrétienne. Le troisième chapitre expose la tentation de certains milieux écologiques de falsifier le travail scientifique, dans le créationnisme ou dans le néofinalisme qui, l'un et l'autre, ne respectent pas les conditions de la rigueur scientifique et donc ne sauraient être considérés comme des éléments à prendre au sérieux dans le dialogue science-foi.
La deuxième partie (''Le hasard, une chance pour Dieu ?'') demande un peu plus d'attention, mais l'enjeu est de taille, puisqu'il s'agit de questions qui sont au cœur de la démarche théologique. Jacques Arnould aborde en effet la question du hasard dans la science. Il montre l'erreur théologique qui consiste à méconnaître l'importance de la contingence dans la nature et en particulier dans l'histoire des êtres vivants. Il montre (chap. V : ''Dieu garde toutes ses chances'') que, loin d'être renversée par la théorie de l'évolution, l'approche rationnelle de l'affirmation de Dieu y trouve un fondement, à condition de respecter la démarche plurielle de la pensée de l'homme en quête de Dieu. Il ne faut pas tout mêler sans discernement et laisser place à la spécificité de la quête philosophique par rapport à la science et à la confession de foi.
La troisième partie (''Et l'homme dans tout ça ?'') traite de l'homme. Une première étape relève les difficultés à reconnaître la dignité de l'homme émergeant des pré-hominiens au cours de l'évolution récente. Il relève le ridicule des solutions présentées par les conservateurs. Il promeut la distinction classique entre origine et commencement et distingue entre causalité biologique et causalité métaphysique. Une deuxième étape aborde directement la question du salut par une rapide réflexion sur le péché originel en invitant à tenir compte des travaux théologiques qui ont clarifié la question et évité les erreurs du concordisme. La troisième étape est plus philosophique, car elle s'interroge sur la liberté et sur la manière dont Dieu agit.
La conclusion reprend l'image qui a servi d'introduction au livre : un journaliste ayant dit à Jacques Arnould qu'en abordant avec franchise les questions délicates des rapports entre science : ''vous vous frottez aux moustaches du Diable''. La conclusion évoque la défaite du Diable, dont le nom grec signifie le ''diviseur'' ; par le chemin qu'il propose, Jacques Arnould distingue sans séparer indûment (comme le font les rationalistes et certains piétistes), ni confondre (comme le font les concordistes et les religieux conservateurs). Un livre suggestif, stimulant et pertinent. Un livre à lire.
J.-M. MALDAMÉ
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