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Recensions JANVIER - MARS 2004

Jean-François MALHERBE, Maître Eckhart ''Souffrir Dieu'', La prédication de Maître Eckhart
Jean-François MALHERBE, Maître Eckhart ''Souffrir Dieu'', La prédication de Maître Eckhart, Paris, Éditions du Cerf, ''Théologies'', 2003, 116 p.
Philosophe et éthicien connu, l'auteur propose ici une lecture de Maître Eckhart qui souligne la pertinence intellectuelle et spirituelle des écrits du maître dominicain pour notre époque, notamment quant à la problématique de la souffrance qui semble rendre incompatibles l'expérience que nous avons de nous-mêmes et celle de Dieu.
Les trois premiers chapitres, après un rappel de la distinction entre l'homme extérieur tourné vers l'être extérieur de Dieu et l'homme intérieur tourné vers l'être intime de Dieu ou déité, montrent comment cette dualité doit être dépassée vers l'unité en trois étapes : par le détachement qui fait renoncer, non seulement aux choses créées et à soi-même, mais aussi à Dieu (''perdre Dieu'') dont l'appréhension médiatisée fait obstacle à notre union avec Lui ; par la ''percée'' qui lui succède et qui est un ''souffrir Dieu'' au sens d'un engendrement par lequel Dieu naît en nous tandis que l'homme intérieur naît dans l'homme extérieur ; par la transfiguration grâce à laquelle la naissance de Dieu en nous conduit à une dépendance paradoxale de Dieu par rapport à nous : ''Et si je n'étais pas, ''Dieu'' ne serait pas non plus. Que Dieu soit ''Dieu'', j'en suis la cause ; si je n'étais pas, Dieu ne serait pas ''Dieu''.
Les ''jeux'' de ce langage paradoxal sont étudiés dans un quatrième chapitre montrant comment la recherche mystique, non seulement se rattache pour le langage à la tradition de la théologie négative, mais encore ne peut se satisfaire pour la pensée d'une logique systématique et totalisante à laquelle est substituée une logique associative au sens psychanalytique.
Le ''second versant'' des trois derniers chapitres cherche à synthétiser la démarche décrite dans les premiers : l'essence de Dieu s'y caractérise à partir de sa paternité, de son insondabilité et de son unité ; le baiser de la déité désigne cet échange par lequel Dieu naît dans l'homme afin de diviniser l'humain ; l'affranchissement désigne enfin cette forme de conversion où la liberté véritable est atteinte dans ''le renoncement à Dieu pour Dieu''.
Les audaces de langage de Maître Eckhart lui valurent en son temps la suspicion. À une époque de dialogue inter-religieux et interculturel, la visée ''transreligieuse'' du maître thuringeois est une invitation à dépasser vers le mystère sans fond de Dieu et de l'homme les oppositions et fermetures des religions instituées.
A. DARTIGUES
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