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Recensions JANVIER - MARS 2004

Michel CORBIN, Résurrection et narrativité, Lecture théologique de Jn 20, 1-31

Michel CORBIN, Résurrection et narrativité, Lecture théologique de Jn 20, 1-31, Paris, Éditions du Cerf, ''Théologies'', 2002, 356 p. C'est un très beau livre que celui de Michel Corbin. Un ouvrage difficile, et sans concession,... mais au travers même de la manière dont l'auteur développe sa démarche, c'est une introduction de grande qualité à la contemplation du mystère de Dieu sauveur. M. Corbin propose une lecture du chapitre XX de l'Évangile selon saint Jean, chapitre qui rapporte les manifestations de Jésus ressuscité. La lecture est conduite de manière à faire paraître la théologie exprimée par le texte et donc à la lire comme un texte de révélation. M. Corbin n'ignore pas les débats exégétiques ; il en fait un exposé complet, mais la méthode historique n'est pour lui qu'un préliminaire ou un préambule à la théologie proprement dite : la connaissance de ce qui se révèle de l'être même de Dieu par son agir. Adoptant une méthode de lecture actuelle (à l'école des travaux illustrés par Paul Beauchamp), M. Corbin refuse les séparations et les exclusions habituelles en exégèse historico-critique. Pour lui, il faut prendre tout le texte du premier au dernier mot. Il rompt ainsi avec les positions les plus connues qui s'arrêtent au seuil de la théologie proprement dite. Pour M. Corbin, cette réserve ne respecte pas le texte de l'Évangile car si l'événement pascal l'a suscité, celui-ci est la clef de son intelligibilité : ''S'il est permis de parler d'un Événement de Dieu en tant que Dieu, hors et au-delà de nos catégories, c'est en raison de l'Écriture nouvelle. Elle clame que l'accomplissement des Écritures juives n'est plus une écriture, mais au-delà de toute écriture ancienne et nouvelle, la nativitas Dei, dans l'expérience de notre humanité'' (p. 14). Chaque épisode du chapitre est donc lu avec attention, de manière à faire surgir du texte sa profondeur théologique, puisque la résurrection est ''événement de Dieu comme Dieu'' (p. 31). Grâce à cette méthode de lecture (tout le texte et toute la dimension théologique), M. Corbin se trouve pleinement accordé aux commentaires patristiques qu'il cite abondamment, mais d'une manière qui ne se limite pas au style édifiant des maîtres spirituels ; il est attentif à leur démarche théologique et au mouvement de leur langue et de la pensée, soucieux de ne pas enfermer Dieu dans un discours humain. Il n'est pas possible de résumer un ouvrage si dense et si riche. Qu'il suffise ici de relever que la prise au sérieux à l'extrême du texte donne au lecteur un accès aux questions les plus subtiles de la théologie savante sans pour autant renoncer à lui donner une nourriture spirituelle surabondante. L'effort de lecture est vite récompensé par l'émerveillement que le croyant ressent à découvrir que le texte de Jean a une richesse insoupçonnée due à son unité. Celle-ci permet de surmonter les séparations indues entre l'Écriture et la Tradition, les Pères et la pensée moderne, l'histoire et le dogme. Le principe choisi, à savoir que le chapitre XX est parfaitement unifié, est confirmé par son fruit pour la vie de la foi et la vie spirituelle. L'ouvrage est certes de lecture difficile, mais par la richesse de ses analyses et de ses références, M. Corbin ouvre un chemin et un espace où la théologie cesse d'être pure érudition. Elle aide le croyant à vivre sa foi, celle qui naît de la ''lecture croyante des Écritures'' (p. 27), c'est-à-dire, celle qui reconnaît ''l'équivalence entre la nomination de Dieu comme Dieu et la confession de Jésus comme Seigneur'' (p. 62). Prendre le texte en son entier, c'est prendre acte que ''s'il y a tant d'apparentes contradictions entre les récits, c'est en raison d'un inimaginable surplus dont le jaillissement dans son propre cœur appartient à la gracieuse donation (p. 651). M. Corbin aide ainsi le lecteur à reconnaître que ''l'Esprit a caché, dans la clôture d'une lettre fractionnée et plurielle, une lumière inépuisable'' (p. 651). Nous nous réjouissons de penser que des lecteurs sauront découvrir dans la joie la profondeur du chapitre XX de l'Évangile de Jean et qu'ils y trouveront une lumière plus que substantielle sur leur route. J.-M. MALDAMÉ





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