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- Recensions OCTOBRE - DÉCEMBRE 2004
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Joseph MOINGT, Dieu qui vient à l’homme, t. I : Du deuil au dévoilement de Dieu

NOTES DE LECTURE Joseph MOINGT, Dieu qui vient à l’homme, t. I : Du deuil au dévoilement de Dieu, Paris, Éditions du Cerf, “Cogitatio fidei, n° 222”, 2002, 562 p. J. Moingt annonce que le deuxième tome de son travail sur la question de Dieu est encore à l’état d’ébauche, mais la qualité de cet ouvrage est telle qu’il est nécessaire de présenter au lecteur le premier volume de l’étude qui a comme titre, Dieu qui vient à l’homme, et pour sous-titre : Du deuil au dévoilement de Dieu. Cet ouvrage constitue un ensemble très cohérent que tout chrétien soucieux de réflexion théologique ne saurait ignorer. 1. L’introduction explicite clairement l’intention de l’auteur qui se place dans la perspective de la théologie au sens strict du terme. En premier lieu, il entend faire œuvre de raison ; il reconnaît : “Au moment où j’entreprends cette recherche, suite et fruit d’une longue interrogation, [mon problème] est de pouvoir rendre compte de ma foi en termes de savoir, je veux dire en termes de connaissance raisonnée” (p. 7). Cette valorisation de la raison ne signifie pas que J. Moingt renoue avec le rationalisme scolastique. Il consacre l’essentiel de son introduction à donner une définition de la foi chrétienne où les éléments existentiels sont situés dans une révélation qui accomplit l’exigence de la raison naturelle. J. Moingt avait écrit un ouvrage important de christologie, L’Homme qui venait de Dieu ; il se situe en amont de cet ouvrage majeur pour dire quel Dieu se manifeste en Jésus-Christ : “Je voudrais […] dans ce nouvel ouvrage, donner plus d’épaisseur au problème de Dieu tel qu’il se présente sur le fond d’incroyance caractéristique de la culture de notre temps, tel qu’il se pose, je ne dis pas à l’incroyant à la place duquel, je ne chercherai pas à me mettre fictivement, mais au croyant lui-même qui se sent interpellé par le phénomène de l’incroyance, non qu’il veuille la réfuter, mais parce qu’il ne peut pas ne pas être questionné par elle au plus profond de sa foi” (p. 13). La perspective est donc liée à la culture occidentale marquée par l’athéisme ; mais elle ne s’y enferme pas, car elle accorde une place importante à la question des religions : “Le recours à la Bible, quelque lumière qu’elle apporte sur les attributs de l’être divin à celui qui confesse qu’il est, ne fait qu’accroître le questionnement, parce qu’il ajoute aux difficultés venues de la philosophie sur la possibilité de connaître Dieu, celles que fait l’histoire (ou la phénoménologie, ou la sociologie) des religions à l’authentification d’une manifestation historique de Dieu” (p. 13). J. Moingt reste fidèle à la démarche de son grand traité de christologie : se laisser enseigner par la révélation en son historicité : “Un nouveau parcours de connaissance commence quand on se décide à apprendre de Jésus qui est Dieu au lieu de laisser la raison philosophique en construire le concept à son gré” (p. 14). Le déplacement est important : “Ce n’est pas de l’être de Dieu en soi et pour soi qu’il s’agit, mais de son devenir dans l’acte de venir à nous” (ibid.). Ainsi J. Moingt invite-t-il le lecteur à découvrir “ce qu’il y a de perturbant pour la raison dans cet événement révélateur, […] nous étions partis à la recherche d’un Dieu dont le critère de vérité était l’unicité, et que nous nous découvrons au terme qu’il est trois” (p. 13). De la sorte, “un concept nouveau de Dieu se dévoile, celui d’un Dieu qui est-pour-nous dont le pour-nous appartient au pour-soi” (p. 14). J. Moingt développe une théologie explicitement chrétienne habitée par les questions les plus vives que l’esprit humain puisse rencontrer aujourd’hui. Les deux chapitres qui constituent ce premier volume exposent ce que la Tradition chrétienne a de spécifique quand elle affirme, à l’encontre de l’athéisme moderne, et quand elle reconnaît, face aux religions, que Dieu s’est révélé en Jésus-Christ. 2. Le chapitre premier (“Le deuil de Dieu”) consiste en une lecture de la constitution de l’athéisme, ce qui donne le cadre de la découverte de ce que signifie l’affirmation que Dieu est. Si J. Moingt s’est défendu dans l’introduction de faire de la “métaphysique” (p. 12), il s’engage résolument dans la question de l’être, au delà de tout essentialisme scolastique puisqu’il présente des analyses et des critiques fort érudites des fondateurs de la pensée moderne, qu’ils soient philosophes purs (Descartes, Spinoza, Kant et Hegel) ou bien des créateurs ès sciences humaines, pour se référer au dépassement de la mort de Dieu chez les maîtres de la théologie du XXe siècle. Le propos est explicitement théologique : mesurer ce qu’est “le refoulement de l’idée de Dieu hors de l’entendement ou sa dissolution dans la raison” (p. 38), pour mieux croire dans une culture marquée par l’exclusion de toute référence à Dieu : avons besoin de croire, raisonnablement, car la foi est un acte de l’intelligence” (p. 39). La mise en œuvre du projet amène J. Moingt à une importante analyse du phénomène moderne, l’athéisme. La lecture est celle d’un théologien. Ce n’est pas une histoire complète de la pensée athée, mais le souci de montrer la cohérence et donc la force et la pertinence de la mise en œuvre de la confession de foi traditionnelle. J. Moingt propose une généalogie. Elle commence avec Descartes, car désormais “la philosophie est plus à l’écoute de la science que de la théologie” (p. 41) et avec Spinoza, qui indique bien “le fond du problème de l’incroyance, au cœur du conflit qui va opposer la raison et la foi, des siècles durant : la philosophie revendique la liberté de penser, que la foi tient pour athéisme, puisque cette revendication s’oppose à l’autorité sacrée des Écritures et de la religion” (p. 41). J. Moingt voit dans ce souci d’autonomie radicale la raison de l’athéisme. Ce qui a commencé avec Descartes a été radicalisé par Spinoza après qui cette attitude devient le bien commun de la culture : un Dieu impensable et le combat de la liberté de penser vraiment (p. 77). Le deuxième point étudié par J. Moingt est celui du “retrait de la religion” (p. 81) qui lui est corrélatif puisque “la perte de la croyance est d’abord une déperdition de substance de la religion, une dévitalisation qui a une cause interne, qui affecte son être même, qui demande à être expliquée du dedans” (p. 81). Pour ce faire, J. Moingt commence par examiner les traits caractéristiques de la foi chrétienne ; ce qui permet de bien comprendre le phénomène de la sécularisation et de voir le déplacement de l’image de Dieu. Celle-ci porte sur le fait que les points de l’accord fondamental entre la prédication chrétienne et le monde antique ou médiéval sont déplacés. En ces temps l’enseignement chrétien ne touchait pas radicalement “à ce qui est dans la mentalité, dans la pensée des croyants de toutes les religions, le plus fondamental de la relation de Dieu au monde, et qui est sa toute-puissance, la domination qu’il exerce sur l’univers et sur les hommes au titre de Créateur et de Juge […]. Les doctrines de l’Incarnation et de la Trinité étaient de nature à transformer cette idée […], mais la théologie classique ne s’en avisera pas de sitôt et s’emploiera plutôt à montrer comment la mort et la résurrection de Jésus attestent et rehaussent, l’une la justice, l’autre la puissance souveraine de Dieu” (p. 94). Tel est pour J. Moingt le point qui demande une révision de la part des chrétiens ; elle consiste à revenir à une confession de foi mieux centrée sur le mystère pascal et explicitement trinitaire. C’est ainsi que la théologie peut surmonter l’épreuve de l’athéisme car le Dieu qui est mort est le “Dieu de la religion” et non celui de l’Évangile (p. 95s). 3. J. Moingt accorde ainsi un rôle constructif aux Lumières qui ont libéré l’homme de la pesanteur de l’oppression religieuse. Cela lui permet de marquer une irréductible différence entre le christianisme et les autres religions puisque “l’Évangile enseigné par Jésus avec les préceptes qu’il contenait s’inscrivait hors du cadre religieux, comme l’adoration qu’il préconisait ‘en esprit et en vérité’” (p. 124). La critique “athée” invite donc le chrétien à revenir à l’Évangile, à “l’originalité de la foi chrétienne” (p. 129). Le troisième moment du premier chapitre (III. “La pensée de Dieu en question”) évoque la manière dont le christianisme peut se renouveler de sa rencontre avec la modernité. J. Moingt convoque Kant et Hegel, mais aussi les philosophes romantiques pour situer à sa juste place l’attitude du Magistère romain ou des grands théologiens anti-libéraux comme Karl Barth rejetant toute “théologie naturelle”. Puis à partir de cette grande figure de la théologie du XXe siècle, il évoque les penseurs qui dominent la pensée actuelle (Paul Ricoeur en premier lieu) en rupture avec les ambivalences de l’héritage de Hegel. Le quatrième moment (IV. “Du rejet à l’attente de Dieu”) expose les philosophes de la mort de Dieu (Feuerbach et Nietzsche) où l’athéisme ne s’avance pas masqué, mais clairement. J. Moingt en prend acte pour relever que cette attitude est paradoxalement libératrice, puisqu’en écartant certaines images de Dieu, elle laisse place à la révélation. Kierkegaard a été pour lui un précurseur en mettant en œuvre “une pensée de l’existence ouverte” (p. 212). J. Moingt présente ensuite rapidement les “philosophes chrétiens” (Blondel, Gabriel Marcel) qui mettent en œuvre une pensée de la transcendance (p. 227) et une certaine manière de sagesse (p. 234) en rupture et dialogue avec la phénoménologie et la démarche de Heidegger. Cette étude s’achève donc sur une cinquième étape (V. “Relecture : la levée du voile”) qui met en œuvre par opposition et prolongement la question de Dieu comme préalable à l’accueil d’une révélation. L’émancipation de la raison n’apparaît pas comme ennemie de Dieu (p. 263), mais elle manifeste la nécessité du “langage de la croix” (p. 264). Ainsi la démarche de la philosophie œuvre de raison quand elle est menée avec rigueur ouvre sur l’accueil de la révélation : “Dieu parle, mais ne se fait pas connaître à la raison autrement que par l’appel à lever le voile, appel à écouter la révélation” (p. 265). Ce qui ouvre sur une tâche et une exigence qui constitue la théologie en sa vérité. 4. Le chapitre second explicite la réponse (“Dévoilement de Dieu dans le corps du Christ”). J. Moingt note que si son propos change de registre, ce n’est pas une rupture avec la raison philosophique, mais “l’exploration d’un domaine où cette dernière n’a pas manqué de puiser” (p. 281). J. Moingt souligne que ce n’est pas apologétique mais “le simple désir de tenir un discours cohérent, intelligible, vérifiable dans certaines limites” (p. 282). En entrant dans ce domaine spécifiquement théologique, J. Moingt précise ce qu’il convient d’entendre par théologie. Elle est pour lui “science de Dieu qui vient de lui-même par révélation” (p. 283). Or cette révélation est inséparable de ce qui est advenu en Jésus-Christ. Le croyant accueille le don de Dieu : “la révélation se fait accueillir comme acte de donation, don tout ensemble de la foi et du sens, du salut et de la vie” (p. 287). J. Moingt va plus avant encore : “Dire que Dieu se révèle en Jésus, cela veut dire que quelque chose arrive à Dieu” (p. 287). Ainsi la théologie est-elle école de sagesse pratique plus que science théorique. 5. La réflexion de J. Moingt s’engage alors sur un éclaircissement des rapports entre le christianisme et les autres religions, reprenant les questions apparues dans le chapitre premier. Le chapitre est méthodologique puisque “l’exposé de ces discussions, qui mettent en cause la possibilité même d’une révélation de Dieu dans un événement historique particulier, et par contre-coup les rapports de la théologie avec la philosophie aidera à préciser en quel sens nous parlerons, ultérieurement, de la révélation qui s’est faite en Jésus-Christ” (p. 290). Le premier moment est donc consacré à une réflexion sur la notion de révélation dans ses rapports avec les perspectives dégagées par l’histoire des religions. Il s’appuie sur les travaux de Troeltsch dont l’œuvre a le mérite de placer la question de la révélation dans la “problématique critique dont la modernité a tracé les contours” (p. 295). C’est à partir de cela que J. Moingt développe la conception de la révélation présente dans le début de sa réflexion, à savoir l’insistance sur la gratuité du don de Dieu. J. Moingt insiste sur la générosité de Dieu : “Dieu se fait connaître parce qu’il le désire, non pour en retirer quelque avantage de l’ordre de l’échange, mais pour nous élever à lui, à un autre type d’existence […]. C’est le seul mode de cogniscibilité qui soit à la hauteur d’une juste idée de Dieu” (p. 302). Le mouvement de Dieu vers l’homme appelle en retour un accueil où l’homme dépasse et brise avec les clôtures du temps et construit ainsi “une histoire de la liberté qui échappe aux nécessités des enchaînements phénoménaux” (p. 303). Le deuxième moment est donc logiquement christologique (II. “Jésus révélation de Dieu”). Le point de départ est clairement situé : le mystère pascal (p. 341). Celui-ci ne se réduit pas au seul laps de temps du triduum pascal, mais la vie de Jésus toute entière atteste, grâce au témoignage des apôtres, joint à travers les évangiles lus dans l’unité de leur attestation de la vie de Jésus (p. 343). Occasion est donnée à J. Moingt de présenter les questions exégétiques et l’analyse historique, préambule à une lecture théologique des récits évangéliques qui permettent de rencontrer Jésus-Christ tel qu’il apparaît dans l’œuvre du salut qu’il accomplit en obéissant à son Père, pour faire advenir son Règne. J. Moingt est attentif à relever quel Dieu se révèle ainsi. Il reprend de manière synthétique les grandes questions de la christologie, éclairant toute chose à partir de la lumière de la résurrection. Il insiste sur son historicité : “La résurrection n’est pas une pure réalité céleste, qui n’aurait sens et effectivité que dans un autre monde et un autre temps ; bien au contraire, son poids de vérité est son lien à l’histoire, à la nôtre […]. Elle n’échappe pas pour autant à toute historicité. Non seulement elle se fait raconter comme un événement qui a eu lieu, dûment daté et localisé, attesté et identifiable, mais encore elle se laisse lire comme l’intelligibilité de l’histoire dans laquelle elle est située et elle se donne à croire dans des expériences de foi qui relèvent de la condition historique des croyants. Voilà en quel sens la résurrection de Jésus peut être présentée comme un événement historique de révélation par ceux qui s’en réclament au titre de la foi” (p. 405). Au terme de cette christologie, qu’il est impossible de résumer ici à cause de sa densité, J. Moingt constate et conclut que “en passant par la mort et la résurrection, le Christ a donc acquis une dimension d’humanité universelle, il est devenu le frère de tous les hommes, le Premier-né d’une race nouvelle, qui transcende tous les clivages hérités de la descendance charnelle” (p. 420). 6. Cette christologie est étroitement accordée à la mention du rôle de l’Esprit Saint, ce qui permet à J. Moingt d’articuler la vie du Christ avec la naissance de l’Église et ainsi d’entrer sans rupture dans le troisième moment de sa réflexion (III. “La tradition de la foi”) attentive à l’histoire de l’Église et donc préciser ce que la distinction nette entre religion et évangile avait de provocant du point de vue de la chrétienté, pour laquelle on est en droit de parler de religion chrétienne. J. Moingt est attentif à la vie de l’Église, pour y trouver ce qui est originaire et qu’il voit dans la tradition apostolique, à partir de quoi il peut juger des “glissements dans le champ de la religion” (p. 442) et critiquer de manière constructive la perte de l’esprit évangélique au profit d’une instance religieuse. Les glissements corrompent la révélation en introduisant une conception de Dieu qui ne respecte plus la nouveauté de l’Évangile : “Ainsi s’est introduit dans la religion chrétienne un bien-connu de Dieu dont la modernité occidentale devait s’emparer avant de le rejeter, celui-là même dont le christianisme d’aujourd’hui éprouve le besoin de se dégager en cherchant à frais nouveaux quel Dieu s’est révélé en Jésus” (p. 450). J. Moingt y voit une perte d’identité “mortelle pour la foi chrétienne” (p. 464). Il propose donc de ne jamais séparer les énoncés de la théologie de ce qui se manifeste et se révèle en Jésus-Christ. J. Moingt ne reste pas dans la seule logique de ce refus. Il montre ce que l’Évangile apporte : “une nouvelle idée de Dieu” (p. 465) dont les traits dominants ont commencé à s’esquisser : “ceux d’un Dieu souffrant dont l’amour s’étend à toute l’humanité” (p. 466). Telle est la voie qui s’ouvre au terme de ce long parcours : penser Dieu comme amour, sans le séparer de l’histoire réelle faite de violence et de souffrance. Telle est la seule issue en fidélité à l’Évangile. La dernière étape de la démarche explicitement théologique de J. Moingt consiste en une évaluation critique du chemin parcouru. Elle permet de mettre en lumière la valeur de la démarche et d’en vérifier la rigueur : prendre au sérieux l’athéisme moderne permet de voir qu’il est corrélatif d’une certaine trahison de la foi au sein même de la tradition chrétienne ; aussi l’accueil de la critique de l’athéisme permet-il de mieux aller au cœur de la foi chrétienne comme accueil de la révélation, donnée dans le mystère pascal. Dieu s’y donne et donc manifeste ce qu’il est, l’être dont l’essence est l’amour (p. 504). Corrélativement à cette démarche, à l’initiative de Dieu, la nature de la foi paraît. Celle-ci est la réponse de l’homme à Dieu ; un don de soi dans la réalité de la vie. L’ouvrage s’achève donc sur une profession de foi : “Ce qui est arrivé à Jésus, c’est ce qui est arrivé à Dieu même” (p. 509), ou encore : “Il est possible maintenant de comprendre l’événement de Jésus, dans sa totalité, comme l’événement où Dieu se révèle ; il se révèle parce qu’il se tient là, en lien avec Jésus ; il est là en acte de se communiquer, par un événement de langage qui interpelle ceux qui se laissent interroger par ce qui se passe et leur est annoncé de la part de Dieu ; il se communique en se donnant à croire, car la foi qu’il sollicite est le consentement à la Vérité qui est Vie, sens de la vie, impulsion à vivre qui s’origine dans l’être même de Dieu qui est Esprit” (p. 512). La confession chrétienne se doit donc de faire référence à Dieu, Père, Fils et Saint Esprit. Ce sera l’objet du prochain volume annoncé. Mais sans attendre, J. Moingt donne un rapide résumé de la théologie trinitaire, toujours en lien avec Jésus-Christ en soulignant l’importance de la mort vécue par Dieu, attestation ultime de son amour.    7. Sans attendre la parution du second tome de cette étude, il était important d’en rendre compte. Elle donne au théologien moderne une vraie synthèse theologique. Pour plusieurs raisons. 1. En premier lieu, le sujet : Dieu lui-même et non pas le texte biblique, l’histoire de l’Église, l’évolution dogmatique ou un traité anthropologique et ecclésiologique. 2. En second lieu, la prise au sérieux des exigences fondamentales de la théologie : l’usage de la raison et le sérieux de la démarche humaine s’interrogeant sur les fondements et les finalités de son exixtence. Cette option a placé le propos au cœur des débats qui accompagnent l’existence humaine et en particulier l’interrogation philosophique qui n’élude aucune question. 3. En troisième lieu, la démarche de l’ouvrage est actuelle. Elle ne s’enferme pas dans l’exploration de documents anciens, mais, bien, dans la rencontre avec la modernité sans esquiver d’éprouver la force avec laquelle elle s’écarte ou même combat le christianisme ; l’athéisme le plus raide, comme la sécularisation la plus partagée dans les sociétés développées. 4. En quatrième lieu, l’ouvrage est construit selon une démarche argumentative rigoureuse qui évite l’argument d’autorité, renvoyant le lecteur non à des dogmes mais à des faits et à des évènements. 5. En cinquième lieu, la théologie ici présentée prend acte des développements les plus récents de la théologie chrétienne ; elle ne se réfugie pas dans une confession de foi limitée à une dénomination chrétienne particulière ; elle transcende le passif hérité des anathèmes et guerres de religion pour puiser sans réserve dans toutes les richesses de la Tradition chrétienne, de l’expérience spirituelle et de la réflexion critique. 6. En sixième lieu, l’ouvrage se place au cœur des difficultés actuelles liées à la rencontre des cultures où les religions jouent un rôle déterminant. Il donne des éléments de réflexion pour manifester avec nuance la spécificité de la foi chrétienne et la singularité de la pratique sacramentelle ecclésiale. 7. Enfin, en septième lieu, l’ouvrage renvoie sans cesse le lecteur aux textes fondateurs, ceux de la Bible, mais sans s’enfermer dans les limites de la “théologie biblique”. Au contraire, pour se confronter à l’évènement qui, étant vécu par Dieu même, ne peut être enfermé dans des catégories humaines. Une perpétuelle ouverture de l’esprit et du cœur, qui s’accorde avec le sujet du livre : le Dieu d’amour qui se donne sans réserve, un Dieu-pour-l’homme. Comme ce don ne cesse de se renouveler, il s’agit bien du “Dieu qui vient à l’homme”. J.-M. MALDAMÉ





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