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Recensions AVRIL - JUIN 2004

Gérard DESSOLLE, Les Quatre Temps d’une tutelle, Louis-Apollinaire de la Tour du Pin Montauban (1744-1807)
Gérard DESSOLLE, Les Quatre Temps d’une tutelle, Louis-Apollinaire de la Tour du Pin Montauban (1744-1807), 31160 Aspet, Éd. PyréGraph, 2002. 350 p.
Cette biographie s’appuie sur une documentation renouvelée. L’auteur montre les constantes et l’évolution d’un jeune noble parvenu à l’épiscopat à une époque singulièrement difficile. D’un style vif, il présente “les quatre temps” de cette vie par rapport à la “tutelle gouvernementale sur l’Église”. D’intéressantes illustrations agrémentent la lecture d’un ouvrage qui est facilitée par des repères chronologiques et quelques documents placés en annexes (p. 305-337).
Pendant sa formation au sacerdoce, on dit de lui qu’il portait “l’Évangile dans son cœur” (p. 31). Ses relations lui permirent de commencer une carrière ecclésiastique et de devenir le premier évêque du diocèse de Nancy, nouvellement créé. Ses séjours prolongés à Paris indisposèrent beaucoup de monde ; ils ne lui permirent cependant pas d’obtenir, en 1781, l’autorisation royale de convoquer le synode diocésain qu’il désirait réunir (p. 67). Bientôt, en 1783, il fut nommé archevêque d’Auch : il achevait ainsi “le temps des initiations” pour entrer dans “le temps de la maturité”. Effectivement, à Auch, les visites pastorales, les tournées de confirmation, les rencontres officielles ou conviviales lui assurèrent une rapide connaissance du diocèse (p. 85). Son action pastorale fut stoppée par la Constitution civile du clergé. On remarquera l’analyse qu’il en fit. Conformément à sa formation gallicane, il n’était pas embarrassé par la question de l’origine du pouvoir de juridiction : “nos cessions réciproques et l’autorité du Saint-Siège peuvent tout arranger” (p. 105). Mais, il constatait le schisme : “L’Assemblée nationale détruit la juridiction des évêques […]. Elle s’attribue et étend la plénitude du gouvernement ecclésiastique […]. C’est l’hérésie mise en activité” (p. 107). De son prestige personnel témoignèrent les électeurs du département : malgré son inéligibilité, ils portèrent sur son nom un nombre important de voix (p. 132). En dépit des interdictions, il procéda encore à des ordinations (p. 135). Devant la menace d’arrestation, il se réfugia d’abord à Garaison avant de franchir la frontière espagnole au mois d’août 1791 pour se rendre à Montserrat.
Pendant “le temps de l’exil”, il condamna le serment dit de “liberté-égalité” (p. 163). Il manifesta une grande prudence pour l’acheminement du courrier et éviter un retour téméraire en France des prêtres en exil. En août 1795, il demanda au clergé du diocèse d’Auch de faire preuve de tact dans la régularisation des mariages, de modération envers les acquéreurs de biens nationaux ; il ne considérait pas comme schismatiques les prêtres qui avaient prêté le serment dit de “liberté-égalité” (p. 189). Il autorisa les serments de “soumission aux lois”, de “haine à la royauté”, et la promesse de fidélité à la Constitution de l’an VIII (p. 200). Conscient de “l’obligation d’obéir au pape et de se soumettre aux puissances suffisamment établies”, il démissionna à la demande de Pie VII.
Comme évêque concordataire de Troyes, La Tour du Pin Montauban connut-il “le temps de la soumission” ? Il illustre l’action méritoire de cet épiscopat qui dut réorganiser l’Église au sortir de la crise révolutionnaire : tout était à reprendre. Par ses contacts lors des visites pastorales, son sens des pauvres, les relations nouées avec les séminaristes, lesquels partageaient sa demeure, et par sa piété il mérita la sympathie de ses diocésains et des autorités civiles. Il admit la publication du Catéchisme impérial sur lequel Rome gardait un silence prudent. Au service de l’idéal évangélique (p. 301), il mourut avant qu’éclatât le conflit qui vit l’Empereur faire arrêter Pie VII.
J.-C. MEYER
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