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Recensions AVRIL - JUIN 2004

L’Anticléricalisme en France méridionale (milieu XIIe – début XIVe siècle
L’Anticléricalisme en France méridionale (milieu XIIe – début XIVe siècle). “Cahiers de Fanjeaux, 18”, Toulouse, Privat, Fanjeaux, Centre d’études historiques, 2003, 590 p.
Ce volume, issu du Colloque de 2002, s’inscrit parmi les plus abondants de la collection, avec ses dix-sept contributions, sous la direction de Jacques Paul, qui en a rédigé la conclusion. Presque toutes soulignent le caractère anachronique d’un terme qu’on trouve sous la plume de certains médiévistes, mais qui est inconnu des médiévaux : l’”anticléricalisme”, dont il s’agit ici, n’est pas celui que l’on connaît depuis le XIXe siècle. Si l’on excepte les hérétiques, il n’est pas la mise en cause fondamentale de la fonction des clercs, mais seulement de l’exercice du pouvoir qu’elle implique. C’est souvent celui des prêtres eux-mêmes, voire des évêques comme Babion de Bordeaux, qui s’en prennent à la manière dont le ministère est vécu par des hommes qui s’en montrent indignes. C’est aussi celui des “Spirituels” ; dont la critique s’élève au nom de l’Évangile et de l’idéal franciscain, dans la mouvance plus ou moins directe de Pierre-Jean Olieu. C’est encore celui du peuple, scandalisé par les prêtres simoniaques ou concubinaires et outré par les maladresses des légats pontificaux, qui a sans doute attiré aux prédicants cathares plus de sympathisants que de véritables adeptes. C’est celui des seigneurs locaux que la réforme grégorienne a dépossédés, pour les rendre à l’Église, de taxes et de revenus qu’ils s’étaient appropriés et qui supportent mal la concurrence des pouvoirs temporels liés à des charges ecclésiastiques. C’est celui de tous ceux que brime la centralisation grandissante autour du pape, désavantageant les laïcs au profit des clercs, mais aussi dépouillant les archevêques et évêques languedociens de leurs prérogatives, que s’arrogent les légats. C’est celui enfin des Pierre de Bruis, Henri de Lauzanne et autres dissidents dont les agissements s’attaquent aux possessions de l’Église plus encore qu’à sa doctrine, tandis que les procès d’inquisition révèlent plus d’”anticléricaux” que de vrais hérétiques. Le dix-huitième Cahier de Fanjeaux permet de voir le jeu réciproque de ces diverses influences, dont on trouve des traces jusqu’en Castille et Léon, et d’en expliquer les manifestations : testaments réservant les legs à ceux qui semblent le moins compromis avec l’institution ecclésiastique, comme les ordres militaires, outrances verbales ou littérales des troubadours, comme Raimon de Cornet, et des écrivains, comme l’auteur anonyme de la deuxième partie de la Cançon de la Crosada albigesa, particulièrement à l’adresse de Foulque de Toulouse, occupations de biens ecclésiastiques et violences contre les évêques ou les représentants du Siège apostolique pouvant aller jusqu’au meurtre, tel celui de Pierre de Castelnau, etc. Les deux index qui complètent ces études permettront d’y retrouver aisément les richesses qu’elles contiennent.
R. CABIÉ
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