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Recensions AVRIL - JUIN 2004

Victor SAXER, Saint Vincent, diacre et martyr, Culte et légendes avant l’An Mil
Victor SAXER, Saint Vincent, diacre et martyr, Culte et légendes avant l’An Mil, Bruxelles, Société des Bollandistes, “Subsidia hagiographica, 83”, 2002, VIII, 372 p.
Nous venions à peine de rendre compte du livre de Victor Saxer sur Sainte-Marie-Majeure, que nous recevions cet autre ouvrage qui reprend, avec les mises à jour nécessaires, des articles parus entre 1989 et 1998, dans diverses revues (Références à la Table des matières) augmentés de deux études inédites et organisés en deux parties distinctes. La première traite du culte de saint Vincent, attesté d’abord sur sa tombe, qui a fait l’objet de fouilles récentes, à Valence, où il est mort le 22 janvier 304, puis à Saragosse où il est né et où il est devenu diacre. C’est de là que la vénération du martyr s’est répandue. L’auteur retrace son extension à la Péninsule, puis à la Gaule, en commençant par Régimond, près de Béziers, et Narbonne, et enfin en Italie, notamment à Bergame. La deuxième partie concerne les textes hagiographiques. V. Saxer se propose de reconstituer le contenu de la passion connue par Prudence et Augustin, qui ne nous est pas parvenue, et d’y discerner les données historiques sur le martyre de saint Vincent. Il la date des environs de 400. Il établit ensuite l’édition critique des diverses versions conservées de ce récit : la plus ancienne, la “version brève” (BHL 8638), qui ne semble pas pouvoir se confondre avec la précédente et remonte peut-être au Ve siècle, puis la “version commune”, ainsi nommée car elle s’est répandue au Haut moyen âge (BHL 8631), comme le confirment les homélies, martyrologues et pièces liturgiques qui l’ont utilisée, ainsi que celle qui en est un abrégé, sans doute rédigée à Paris avant la fin du IXe siècle, et enfin, plus longue, la “version de Saint-Germain-des-Prés” (BHL 8630). Il faut y ajouter une notice sur les sanctuaires de saint Vincent en Gaule franque (Tanquam autem gratiam), et le récit de la translation des restes du martyr, en 863, de Saragosse, où ils étaient depuis 855, jusqu’à l’abbaye de Castres ; l’auteur en est un moine de Saint-Germain-des-Prés, Aimoin, qui en a fait aussi une rédaction en vers : le moine Audalde, avec l’aide de Salomon, comte de Cerdagne, acquiert pour l’abbaye de Castres, où il est accueilli, ce que n’avait pu obtenir celle de Conques, d’où il avait été chassé comme gyrovague. Nous pouvons ainsi suivre l’itinéraire de la précieuse relique, passant par la vallée du Sègre, Livia et Carcassonne.
Ce recueil d’études diverses, dont un index onomastique et un index des manuscrits faciliteront l’usage, offre une synthèse aussi exhaustive que possible des connaissances sur le culte de saint Vincent pendant le premier millénaire. L’édition de la Passio, sous les diverses formes qu’elle a revêtues au cours des siècles, est, à notre avis, au terme d’une recherche menée pendant des années avec une remarquable compétence en histoire, en liturgie et en archéologie, la principale richesse de cet ouvrage, que son titre ne laisse pas soupçonner ; il faut souhaiter qu’on sache l’y trouver.
R. CABIÉ
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