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Archive recensions Naissance du Christianisme

J.-P. LÉMONON
Les Débuts du christianisme…
Paris, Les Éditions de l’Atelier, 2003, 200 p.
Que sait-on des premières communautés chrétiennes ? Pour répondre à cette question, J. Pierre Lémonon commence par présenter les documents qui nous donnent accès à la vie des ces communautés. Essentiellement d’origine chrétienne, ces textes constituent de précieux documents, mais à condition de ne pas oublier qu’ils sont surtout des témoignages de foi. Bien que peu nombreux, les documents juifs et païens sont également précieux, d’autant plus que ce qu’ils disent du Christ et des chrétiens se trouve dans des récits dont ils ne sont pas l’objet principal.
Le deuxième chapitre aborde ce que Jean-Pierre Lémonon appelle “l’aube du christianisme”, immédiatement après la mort du Christ. Deux lieux attirent plus particulièrement l’attention de l’historien : la Galilée et Jérusalem. Si l’on connaît mieux l’Église de Jérusalem, notamment à partir des Actes des Apôtres (qu’il faut utiliser avec prudence, car “son auteur fait œuvre théologique” p. 25), la source Q est, pour J.-Pierre Lémonon, une bonne base d’informations pour la Galilée. On y apprend que “le christianisme de Galilée fut vivant et missionnaire […] et que le milieu qui a présidé à la construction de Q n’a pas vu la moindre contradiction entre son attachement à Jésus et l’observance des commandements de Moïse” (p. 33). Mais la Galilée est surtout le lieu où “le ministère itinérant des disciples permit de conserver les paroles de Jésus liées à ce mode de prédication”.
Quittant la Judée et la Galilée, les troisième et quatrième chapitres conduisent le lecteur à Antioche d’abord, à Corinthe et Ephèse ensuite. À Antioche on assiste à l’entrée des païens dans la communauté des disciples. Ils trouvent un ardent défenseur en la personne de Paul. Corinthe est un bel exemple de ce qu’est la vie d’une communauté chrétienne fondée par Paul. À Éphèse on voit des christianismes, appartenant à des traditions différentes, cohabiter. Mais qu’il s’agisse d’Antioche, de Corinthe ou d’Éphèse, partout c’est un même défi qui s’impose : celui d’une communion à construire et à sauvegarder.
Une des premières difficultés rencontrées – mais ce n’est pas la seule – est, sur ce point, l’accueil des païens. Que leur imposer ? C’est l’objet de l’assemblée de Jérusalem qui introduit le chapitre cinq. Ce chapitre, plus thématique, est consacré aux gestes, aux pratiques et aux manières d’être qui ont façonné l’identité chrétienne. Au nombre de ses traits distinctifs, figurent le baptême et l’eucharistie. Mais, à la source de tout, il y a l’Esprit qui suscite l’agapé. Cet amour mutuel, qui vient de Dieu, ouvre à l’universel et subvertit toutes les distinctions ou séparations sur lesquelles se construisait la société d’alors (p. 123ss). Et, pour durer, il faut s’organiser et veiller à l’intégrité de ce que l’on croit et vit. D’où la nécessité de mettre en place des services et des responsables. C’est l’objet du sixième chapitre : “Pour permettre aux communautés une vie dans l’unité et préserver leur foi face aux multiples déviations qui se sont manifestées, il était nécessaire (en effet) qu’il y eût en leur sein une organisation, un principe d’autorité. Tant que les apôtres fondateurs étaient vivants, l’autorité locale s’exerçait sous leur responsabilité. Mais il fallut aussi affronter un temps où les fondateurs étaient moins présents, puis définitivement absents.”
Le septième et dernier chapitre aborde une question difficile : celle de la manière dont les communautés chrétiennes ont été accueillies par les mondes juif et païen. En conflit avec les autorités juives, les communautés chrétiennes vont progressivement prendre leur autonomie et leur essor, jusqu’à la rupture finale après le désastre que constitua la prise de Jérusalem par les Romains. Mais, même après, elles continueront à “regarder avec nostalgie vers la matrice qui les avait formées”. Car c’est bien d’un “déchirement” qu’il s’agit (p. 166ss).
Tel est le rapide panorama que nous propose J.-Pierre Lémonon de ces quelques décennies qui ont marqué les débuts du christianisme, de 30 à 135. Faisant preuve d’une remarquable pédagogie dans l’utilisation des sources et l’organisation du parcours, J.-Pierre Lémonon ne fait pas seulement ici œuvre d’historien et d’exégète, mais de théologien et de pasteur. En suivant ainsi le christianisme dans ses premiers pas, il ouvre le lecteur au mystère de l’Église qui se dévoile devant lui. C’est toujours d’actualité.
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