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Archive recensions Ecriture Sainte

R.E. BROWN
Croire en la Bible à l’heure de l’exégèse Paris, Éditions du Cerf, “Lire la Bible, 123”, 2002, 222 p.
On peut s’étonner que le titre de cet ouvrage ne corresponde pas tout à fait au titre original (The Critical Meaning of the Bible, 1981), surtout que, dans son avant-propos, R.E. Brown avait pris soin de préciser : “C’est volontairement que j’ai introduit dans ce titre un jeu de mots sur “critique”. Certes la Bible est “de Dieu” mais la parole biblique a été écrite par des humains. Les livres bibliques peuvent donc être analysés au même titre que n’importe quels textes anciens dont on cherche à comprendre le sens. C’est cette analyse que l’on désigne souvent sous le nom de “méthode critique” ou “critique biblique”. Et Brown ajoute : “Pour certains, le sens que l’on découvre par cette critique est un sujet strictement réservé au monde de la recherche et n’a guère de rôle à jouer dans le domaine religieux […]. En ce qui me concerne, je suis convaincu au contraire qu’une lecture critique de la Bible correspond à un “point critique”, c’est-à-dire crucial, pour les Églises et tout chrétien qui réfléchit” (p. 7).
Les chapitres qui suivent illustrent le bien-fondé d’une telle approche de la Bible. Dans le premier, intitulé “La parole humaine du Dieu tout-puissant”, R.E. Brown montre comment “la Bible nous oblige à nous confronter à l’apparente contradiction d’une révélation de Dieu lui-même dans un langage humain” (p. 13). Car si elle est une parole humaine, la Bible est “la parole De Dieu et pas simplement une parole humaine sur Dieu”. Dans le deuxième chapitre consacré à “la parole biblique pour ses auteurs et pour nous”, Brown note que s’il “est impossible de faire l’impasse sur la critique historique qui étudie la signification qu’avait un texte pour l’auteur qui l’a écrit”, “ce que signifie la Bible dépasse ce que voulait dire tel ou tel auteur” (p. 45). Et il ajoute : “Lorsqu’on prend conscience de la tension qui existe entre ce que veut dire une parole biblique pour son auteur et ce qu’elle veut dire aujourd’hui, la Bible cesse d’être, pour chaque chrétien et pour l’Église entière, un moyen d’affirmer, en toute tranquillité, des positions communes.”
Les chapitres III et IV se présentent sous la forme d’une interrogation : “Les exégètes, adversaires de l’Église : réalité ou fiction ?” ; “Pourquoi la recherche biblique ne fait-elle pas avancer l’Église plus rapidement ?” S’agissant de la première interrogation, Brown insiste sur le fait que “les exégètes et le magistère apportent, les uns et les autres, leur contribution à la recherche du sens de la Bible” (p. 75) et qu’ils doivent donc coopérer. Dans le chapitre qui suit, il met en garde ses lecteurs contre le danger d’étouffer ce qu’un regard critique sur le Nouveau Testament pourrait apporter de nouveau à la connaissance de Jésus ou de l’Église primitive. Pour lui, “la critique catholique du Nouveau Testament […] doit tirer honnêtement les implications de son travail pour la théologie, l’ecclésiologie et l’œcuménisme. Elle a le pouvoir de jouer le rôle de conscience de l’Église, en nous rappelant comment se passèrent les choses lorsque, pour la première fois, des hommes et des femmes se mirent à suivre le Seigneur Jésus-Christ” (p. 125-126). C’est ce que les chapitres suivant illustrent.
Aussi bien à partir de la double dimension humaine et divine de Jésus (chapitre V) que du sacerdoce – “qui est employé non seulement à propos de ceux qui sont officiellement engagés au service du culte, mais qui s’applique également au peuple de Dieu, et d’abord au Christ” (p. 149 ch. VI) – ou encore de la fonction épiscopale dans le Nouveau Testament (ch. VIII), Brown montre, en effet, que s’il “est évident qu’aucune Église ne peut prétendre être totalement fidèle à l’Écriture dans tous les aspects de sa vie, sa structure et son esprit”, une “réforme continue des Églises, à la lumière des idéaux du Christ et des premiers chrétiens, est nécessaire” (p. 165).
Tel est d’ailleurs le titre du chapitre VII qui donne le ton de l’ensemble de l’ouvra-ge : “Inciter toutes les Églises à se reformer”. Outre le fait que ce travail permanent de réforme est une des conditions nécessaires pour que l’oecuménisme progresse, Brown rappelle qu’il est plus que jamais urgent “d’établir une relation constructive entre le besoin d’explorer de nouvelles questions en toute honnêteté (parfois avec des implications qui peuvent choquer, du moins quant à leur impact initial) et le souci pastoral des fidèles”(p. 179). Prévenant le danger que pourrait représenter ici une certaine incitation à la dissidence, il ajoute quelques pages plus loin : “Il n’y a aucune raison de louer cette liberté de faire dissidence comme si elle était la liberté de l’Évangile. La division, dans l’Église, est une offense contre l’Évangile. Le but de la véritable réforme est de nous guérir de nos divisions dans la fidélité à l’Évangile” (p. 184).
Voilà qui devrait encourager la lecture d’un ouvrage où l’on retrouve la sagesse et la profondeur spirituelle du grand exégète de Baltimore, décédé en août 1997.
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