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Archive recensions Islamologie

M. Edgard WEBER
L’Islam sunnite contemporain
M. Edgard WEBER, L’Islam sunnite contemporain, Turnhout, Brepols, “Fils d’Abraham”, 2001, 228 p.
Parmi les nombreux ouvrages sur l’islam, de valeur très inégale, qui paraissent chaque année, il est rare d’en trouver d’aussi peu rigoureux, riches en confusions de toutes sortes et assortis d’un jugement aussi incertain.
En effet, l’auteur semble s’ingénier à laisser passer les occasions de proposer des analyses pertinentes comme par exemple, la comparaison terme à terme des thèses des Frères Musulmans et de quelques “modernistes” célèbres (totalement exclus de ses sélections), tels Mahmoud Muhammad Taha, pendu par le gouvernement islamiste du Soudan en 1985, simplement pour avoir été déclaré hérétique à cause de ses opinions religieuses et Farag Foda, assassiné en pleine rue du Caire par les islamistes en 1992 pour avoir osé émettre certaines critiques à leur égard. D’autre part, il perd quelques opportunités de se taire lorsque, par exemple, il classe dans la même catégorie la sociologue Leila Babes (dont on se demande pourquoi elle ne figure pas dans la rubrique qu’il a consacrée, curieusement, de manière exclusive, aux femmes), et un idéologue comme Tarik Ramadan, dont nul n’est plus censé ignorer les options depuis les récentes déclarations du Père Delorme.
À de grossières erreurs de fond, comme l’affirmation selon laquelle Khomeyni aurait condamné Rushdie “pour surmonter l’échec de la guerre contre l’Irak” et non pas pour les raisons qu’il a explicitement données lui-même et auxquelles il convient d’ajouter les critiques directes de l’auteur des Versets Sataniques à son égard (ce qui tend à prouver que _M. Weber n’a pas pris connaissance des textes dont il parle), s’ajoutent des confusions, des inexactitudes et des ambiguïtés provenant de divers facteurs.
Il s’agit, d’une part, de pure et simple ignorance des questions traitées, d’autre part, de négligences qu’une seule relecture aurait dû permettre de rectifier. En voici quelques exemples, entre autres : le non-respect absolu de l’ordre chronologique dans la présentation des auteurs de l’anthologie, à l’intérieur de chaque rubrique. Ainsi, par exemple, Hassan Tourabi (théoricien responsable de la radicalisation du régime soudanais, et de ce fait, bien qu’indirectement, de la condamnation de M.M. Taha auquel, fâcheusement, la parole est donnée, alors que la victime n’est même pas mentionnée), encore vivant, est présenté avant Sayyed Qotb, pendu par Nasser en 1966, lui-même introduit avant Hassan al-Banna, son maître à penser, tué par des agents secrets en 1949. Par ailleurs, pourquoi traduire l’expression dâr al-harb, qui signifie littéralement “territoire de guerre” par “pays non musulman” qui n’en est que le corollaire ? D’autre part, comment interpréter l’expression, tout à fait personnelle à M. Weber, d’”islam islamiste” (p. 32), lapalissade introduite sans aucune explication préalable ? Quelle subtilité “non dite” sous-tend la mise en évidence “d’un certain Abd al-Wahhâb”, immédiatement suivi “d’un certain Mh. Ibn Séoud” ? Seul l’auteur le sait. On ignore également le pourquoi de plusieurs répétitions de dates, de mots, d’expressions, d’une ligne à l’autre, celui de la fantaisie arbitraire d’une transcription phonétique que rien ne justifie, enfin, la cause d’un mépris évident à l’égard de toutes les règles de la ponctuation française.
Pour terminer, que dire de l’étrange obstination avec laquelle l’auteur propose des synthèses et des visions prospectives systématiquement démenties par la réalité, comme l’affirmation que : “L’islam politique, commencement du vingtième et unième siècle n’a déjà plus la virulence des deux dernières décennies” (p. 10) et que “Israël traite maintenant avec les Palestiniens libérés de tout complexe et la société civile est de plus en plus consciente que les problèmes du vingt et unième siècle ne se règleront pas par des slogans religieux ou l’imitation d’un passé davantage élevé au rang de mythe que de réalité historique” (p. 57).
Il est véritablement très dommageable qu’après la production d’un premier ouvrage sur le sunnisme (L’islam sunnite traditionnel) qui aurait dû faire l’objet de nombreuses et importantes corrections, M. Weber propose à nouveau aux lecteurs une tentative de synthèse qui ne pourra que les induire en erreur et maintenir la réflexion à un niveau très inférieur à ce que l’on est en droit d’attendre d’une publication de la collection des “Fils d’Abraham”.
G. GOBILLOT
(Exemplaire du BLE Tome CIII n° 4 Octobre - Décembre 2002)
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