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P. Antoine MOUSSALI Judaïsme, christianisme et islam

P. Antoine MOUSSALI, Judaïsme, christianisme et islam, Paris, Éditions de Paris, 2000, _492 p. “Rien n’est plus difficile et plus incertain que le dialogue. On n’est jamais sûr de comprendre exactement ce que veut dire celui à qui on parle, ni d’être exactement compris par lui” dit R. Arnaldez en ouverture de la préface qu’il donne au livre d’A. Moussali. Aussi l’ouvrage se présente-t-il comme un dictionnaire autour de trente et un mots clés où l’auteur s’attache à donner la signification des termes utilisés dans les trois monothéismes, en une étude comparative. Il place la désignation de ces notions dans leur vocabulaire sur deux niveaux : l’usage courant d’une part et la portée philosophique et théologique de l’autre. Il s’appuie sur les étymologies hébraïque, grecque, latine et arabe, et ramène chaque terme aux thèses philosophiques auxquelles il se rapporte. C’est une approche audacieuse de ce qu’on appelle abusivement les “trois religions du livre”, où l’auteur expose la signification selon chacune des trois religions concernées. Rapprochements et divergences deviennent alors discernables. À ce titre c’est un livre utile car si le dialogue interreligieux est, de nos jours, une nécessité, il ne signifie pas recherche d’un accord de complaisance ou d’un compromis d’apparence, mais plutôt reconnaissance de l’autre dans sa différence, dans sa totale dignité et dans l’urgence de la réciprocité la plus légitime. User des mêmes mots ne signifie aucunement désigner les mêmes idées, et cela explique beaucoup de situations faussées car on fonde une entente sur rien de vrai. En cela aussi l’ouvrage d’A. Moussali est précieux. On peut ainsi apprécier le traitement de certaines notions telles que l’“alliance” conclue entre Dieu et les hommes, qui n’existe pas dans le Coran (p. 33), ou encore l’“altérité”, qui montre que le mot altruisme “est difficilement traduisible dans une culture autre que la culture judéo-chrétienne” (p. 43), car l’islam préfère à cette notion l’appartenance à une communauté, “la meilleure qui ait été donnée au monde” (Cor. III, 110). De même on appréciera la notion du “temps” où l’auteur remarque que si dans les civilisations anciennes, est privilégiée la vision mythique et cosmique du retour éternel, dans la culture biblique c’est la vision historique qui prévaut, tandis que dans la culture islamique c’est une vision “cosmique théocratique” qui l’emporte. Car si pour les chrétiens, “le temps de l’Église est ce temps intermédiaire entre le moment où Jésus prend place à la droite de Dieu et celui où il reviendra” (Ac. 1, 11), ce temps de l’Église est celui de l’Esprit. Dans l’islam, “le temps est plein de Dieu qui en use selon son bon plaisir” (p. 392-396). L’”esprit de Dieu” dont parle le Coran “s’identifie au souffle de Dieu qui, telle, sa parole, obéit à son ordre et à son bon vouloir” (p. 152) ; de ce fait il ne saurait être une “personne” en lui. Les chapitres “gnose” ou “mystique” définissent des tendances psychologiques : l’auteur démontre, pour le premier, la continuité de l’islam avec les éléments gnostiques des débuts du christianisme et l’évacuation des récits bibliques de leur lien avec l’économie du salut, et, pour le second, l’obsession de l’unicité qui s’oppose à toute médiation. Nonobstant les qualités indéniables de cet ouvrage, on pourra émettre quelques réserves. La première est que l’auteur, sacrifiant aux thèmes à la mode, a choisi certaines notions qui sortent de la catégorie des concepts fondamentaux, telles que : désir, dialogue, femme, universalisme, mondialisation. En outre, la lourde approche philologique des notions ne sert finalement pas à une meilleure compréhension, surtout lorsqu’on constate qu’après une brillante démonstration de racines et de dérivations, on se retrouve à chercher ailleurs le sens le plus profond. Des lacunes sont, par contre, à relever car certains termes auraient mérité davantage de développement ou une définition plus précise, comme par exemple le mot Salafi (p. 239), ou la femme dans le judaïsme. On peut regretter également quelques erreurs syntaxiques ou stylistiques. Par-delà les truismes simplistes sur la “communauté abrahamique”, ce sont d’importantes divergences de sensibilité qui accablent les rapports islamo-chrétiens. À cet égard le livre d’A. Moussali, bien que de portée générale et visant le grand public, peut fournir quelques mises en garde – parfois même à caractère philosophique – aux lecteurs désireux de retrouver leur réflexe de bon sens dans la réalité de l’interreligieux. M.-Th. URVOY (Exemplaire du BLE Tome CIII n° 4 Octobre - Décembre 2002)





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