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Archive recensions histoire de l'Église

sous la direction de Giuseppe Alberigo
Histoire du Concile Vatican II (1959-1965)
Histoire du Concile Vatican II (1959-1965), sous la direction de Giuseppe Alberigo, T. 1 : Le Catholicisme vers une nouvelle époque ; T. 2. : La Formation de la conscience conciliaire ; T. 3. : Le Concile adulte, Paris, Éditions du Cerf et Louvain, Peeters, 1997, 1998 et 2000, 3 vol. de 576, 734 et 608 p.
Ce sont les trois premiers tomes de la version française, préparée par Étienne Fouilloux et due à Jacques Mignon, de ce monument réalisé sous le patronage de l’Institut pour les sciences religieuses de Bologne. Ils retracent l’histoire du dernier concile, depuis la décision de sa réunion annoncée par Jean XXIII le 25 janvier 1959, jusqu’à la fin de la deuxième intersession, en septembre 1964, deux autres volumes devant amener le lecteur jusqu’en décembre 1965.
I. Le premier est dû à G. Alberigo, E. Fouilloux, J.A. Komonchak, J.O. Beozzo et _K. Wittstadt ; il montre les échos de la décision du pape et décrit le travail des Commissions antépréparatoire et préparatoire, jusqu’à l’ouverture du Concile, en octobre 1962. La première est composée de membres de la curie romaine et présidée par le Secrétaire d’État, Domenico Tardini ; elle commence par une vaste consultation : tous les évêques et les universités catholiques sont invités à envoyer, pour le 1er septembre, leurs consilia et vota, ce qui donne lieu à plus de deux mille réponses, dont les plus nombreuses viennent d’Afrique et d’Europe. Elles portent sur le rôle des évêques, sur la réforme liturgique et sur bien d’autres questions, avec des demandes allant des plus novatrices aux plus conservatrices. Lors du dépouillement, les propositions curiales, au lieu de s’ajouter aux autres, réagissent sur elles dans un sens restrictif et conservateur dont le ton est donné par le Saint-Office qui présente une longue liste d’erreurs à condamner. Jean XXIII n’intervient pas dans ce travail, mais ses homélies et discours continuent à présenter le Concile tel qu’il l’avait annoncé, comme devant “créer un renouveau” et une ouverture œcuménique.
C’est l’esprit du “Motu proprio” Superno Dei nutu du 5 juin 1960, compromis cependant par le dispositif prévu pour la phase préparatoire qu’il inaugure : il y aura dix commissions présidées par les préfets des congrégations correspondantes, plus une commission centrale confiée à Tardini, avec Pericle Felici comme secrétaire. Les membres de ces organismes, qui ont le droit de vote, et les consulteurs, qui ne l’ont pas, sont tous nommés par le pape ; en fait, un quart d’entre eux appartiennent à la curie et plus d’un tiers habitent Rome. Sous le titre de “combat pour le Concile” nous est présentée l’élaboration des “schémas” qui doivent être soumis aux Pères. À quelques exceptions près, surtout pour la liturgie, l’influence dominante vient de la curie et la commission théologique présidée par Ottaviani a la prétention de juger les productions de toutes les autres et conteste la compétence de la commission centrale. Celle-ci examine les textes élaborés par les commissions, mais leur révision est en fait assurée par sa sous-commission des amendements, présidée par C. Confalonieri, dont elle ne contrôle pas le travail. Elle doit aussi rédiger un règlement du Concile. Plus de soixante-dix schémas ont été rédigés, mais sept seulement sont prêts à être envoyés aux évêques, en juillet 1962, trois mois avant l’ouverture du Concile.
II. Le tome II couvre la première session et la première intersession, jusqu’en septembre 1963. Il est l’œuvre de G. Fogarty, J. Grootaers, M. Lamberigts, H. Raguer,_A. Riccardi et G. Ruggieri. On y trouve de nombreuses références à l’étude préparatoire Vatican II commence... Approches francophones, éditée par E. Fouilloux à Louvain, en 1993 (Recension dans BLE 96, 1995, p. 161-162), en particulier sur la participation des observateurs non catholiques. Les débuts du Concile sont marqués par le discours du pape, le 11 octobre, qui veut un aggiornamento de l’Église jetant sur le monde un regard optimiste et refusant les condamnations, et, le surlendemain, par l’intervention de Liénard appuyée par Döpfner, demandant que les Pères puissent eux-mêmes choisir les commissions, au lieu d’entériner les listes préparées par la curie. Les évêques commencent à se concerter et bien des choses désormais se passeront en dehors de l’aula. Les présidents et secrétaires des commissions, nommés par le pape, sont ceux des préparatoires, à l’exception de Bugnini qui est écarté ; c’est cependant le schéma sur la liturgie, qu’il a contribué à préparer, qui est retenu pour être examiné en premier. Par contre le travail de la commission théologique est contesté et des propositions alternatives sur le De Ecclesia ont commencé à circuler. La discussion sur les sources de la Révélation, à partir du 14 novembre, donne lieu au “premier conflit doctrinal”, en particulier sur les rapports de l’Écriture et de la Tradition. Au lieu de présenter le schéma au jugement des évêques, Ottaviani cherche à l’imposer en rejetant les critiques et en suspectant même leurs auteurs. Les oppositions qui se font jour amènent, le 20 novembre, à un vote pour savoir s’il faut ou non poursuivre l’étude du texte proposé. Il y eut une majorité pour l’interruption, mais n’atteignant pas le quorum des deux tiers, ce qui aurait pu être une impasse si Jean XXIII n’était intervenu pour renvoyer le schéma à une commission mixte composée de membres de la commission doctrinale et du Secrétariat pour l’unité. On aborde ensuite successivement les moyens de communication sociale et le De Ecclesiæ unitate. Quant au De Ecclesia, le pape a souhaité qu’il soit abordé pour qu’on puisse en préparer la révision pendant l’intersession. Tout d’abord est créée une “Commission de coordination” présidée par le nouveau secrétaire d’État, Cicognani et les commissions se mettent au travail. Notons, dans le groupe De fontibus l’intervention du cardinal Lefebvre rappelant avec vigueur l’égalité de tous les évêques, qu’ils soient diocésains ou de curie, et la parution, le 11 avril 1963, de l’encyclique Pacem in terris qui influencera le texte sur l’Église et le monde. Jean XXIII est mort le 3 juin.
III. Le tome III est rédigé par J. Famerée, R. Kaczynski, E. Melloni, C. Soetens, _E. Vilanova ; V. Liard-Brandner a collaboré à la traduction française. Le nouveau pape, Paul VI, confie à quatre “modérateurs” (Agagianian, Döpfner, Lercaro, Suenens) la mission de diriger les assemblées. Dans son discours d’ouverture, le 29 septembre, il situe le Concile dans la continuité du projet de Roncalli et la majorité des Pères s’inscrit dans cette ligne en précisant son ecclésiologie, au cours des débats rapportés par les premiers chapitres de ce volume : le schéma sur l’Église s’organise de manière nouvelle avec l’insertion d’un chapitre sur le peuple de Dieu avant celui sur les évêques, où la collégialité fait sortir l’infaillibilité pontificale de l’isolement ou l’avait laissé l’interruption de Vatican I. Cela a des répercussions sur le pouvoir des évêques et leurs relations avec la curie romaine, ce qui donne lieu à une empoignade verbale entre Ottaviani et Frings. De plus, les réflexions sur la vie religieuse seront insérées dans le contexte de la vocation universelle à la sainteté et ce qui concerne la Vierge Marie deviendra une partie intégrante du De Ecclesia. L’ouvrage présente ensuite la constitution sur la liturgie définitivement approuvée en décembre 1964 et les débuts de la réforme ; il décrit ensuite l’engagement œcuménique de l’Église catholique et la seconde intercession, montrant l’intense travail des diverses commissions. G. Amberigo, en une sorte de conclusion, parle d’une “nouvelle physionomie du concile” et du voyage de Paul VI en Terre Sainte, dont il souligne la portée œcuménique.
Cette histoire de Vatican II, encore inachevée, est une œuvre de dimension internationale tant par les auteurs qui l’ont rédigée que par la documentation, qui ajoute aux archives du Vatican, publiées en grande partie, et les notes, presque toutes inédites, de nombreux Père ou experts. En situant les courants qui se sont exprimés et affrontés, et en rendant compte de la teneur des débats, elle présente la genèse des textes élaborés et pénètre le sens de l’aggiornamento théologique et pastoral qui a inspiré ses travaux. Elle permet aussi de comprendre les efforts de ceux qui cherchent encore à retrouver les positions que leur a fait perdre l’orientation voulue par la majorité des évêques. Notons que chacun des trois tomes se termine par un Index des noms qui y sont cités.
R. CABIÉ
(Exemplaire du BLE Tome CIII n° 4 Octobre - Décembre 2002)
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