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Ignasi Fernandez TERRICABRAS Philippe II et la Contre-Réforme, L’Église espagnole à l’heure du Concile de Trente

Ignasi Fernandez TERRICABRAS, Philippe II et la Contre-Réforme, L’Église espagnole à l’heure du Concile de Trente, Préface de Jean-Pierre Amalric, Paris, Publisud, 2001, 762 p. L’objet de cette publication est la thèse d’Ignasi Fernandez Terricabras soutenue à l’Université de Toulouse-Le Mirail en 1999. Les onze titres cités en bibliographie montrent que le jeune auteur n’est plus un débutant. À la suite des ouvrages incontournables sur le Concile de Trente de Hubert Jedin, Paolo Prodi, Guiseppe Alberigo et d’Alain Tallon (curieusement jamais mentionné), le travail d’Ignasi Fernandez Terricabras contribue à renouveler l’image du règne de Philippe II. Si ce livre “ne traite pas de la foi personnelle ni de la psychologie religieuse de l’homme, pas plus que des réalités pastorales et spirituelles de la Contre-Réforme sous son règne, mais bien du rôle actif qu’il assume sans faiblesse dans la redéfinition de l’Église catholique face au défi de la Réforme protestante” (p. 13), il est radicalement nouveau dans la mesure où il se désolidarise de l’historiographie apologétique espagnole pour revisiter le sujet à nouveaux frais. La masse d’archives consultées, de documents relus et réinterprétés est tout à fait impressionnante. Les notes en bas de page donnent une indication du travail de recherche effectué avec minutie, parfois avec scrupule. La problématique de l’auteur s’organise autour de la coïncidence entre la montée de l’absolutisme moderne et celle du catholicisme défini à Trente dans la seconde moitié du XVIe siècle. La volonté des souverains catholiques, soucieux de préserver et de consolider leur autorité, se manifeste clairement dans une insistance à tout contrôler dans leur royaume. Cette propension à la vérification tatillonne se heurte au pouvoir croissant du Saint-Siège tout aussi attentif à honorer ses droits. Les pontifes successifs ne faibliront pas face aux prétentions envahissantes des monarques. Finalement, tout l’ouvrage consacré à la couronne espagnole décrit les conflits incessants entre le Pape et Philippe II qui investissent le même terrain. Cette perspective se situe à partir de la troisième étape du Concile de Trente (1560) et de la mise en place des critères de la réception des décrets dans la monarchie hispanique. Elle se termine à la mort du souverain en 1598. L’ambition d’exhaustivité de l’auteur explique l’organisation de sa démarche. Son texte se divise en cinq parties et quatorze chapitres. La première partie traite de “la politique conciliaire de Philippe II”, c’est-à-dire de la place de l’Espagne à Trente ; la deuxième partie s’attache aux “réformes tridentines après le concile (1564-1567)”, soit à la réception des décrets du Concile et à leur interprétation ; la troisième partie, la plus technique étudie la question de “l’Église et le patronage royal” et donc de celle de l’épiscopat ; la quatrième partie aborde “la mise au pas des chapitres” et la cinquième partie celle de la réforme des religieux et du rôle des nonciatures. La conclusion détaillée est suivie de huit annexes répertoriant les couvents des différents ordres religieux, d’une longue bibliographie dans laquelle on notera l’absence des travaux d’Alphonse Dupront et d’Alain Tallon, et d’un index onomastique. Hubert Jedin, Giuseppe Alverigo et Paolo Prodi ont été les premiers à souligner que pendant longtemps le Concile de Trente avait été “mythifié” par l’historiographie. L’ouvrage d’Ignasi Fernandez Terricabras confirme cette affirmation en montrant que si Philippe II soutient l’application des décrets tridentins par l’épiscopat espagnol et l’œuvre de la Contre-Réforme en général, la clôture hâtive du concile en 1563, qu’il voulait prolonger, laissait sans réponse un certain nombre de questions qui devaient être tranchées par la suite. Parmi celles-ci l’auteur en relève trois : la réforme de la Curie romaine qui sera l’œuvre exclusive du Saint-Siège (Pie V, Grégoire XIII et Sixte-Quint) contre les prétentions de Philippe II à s’en charger ; la réforme des princes qui voulait limiter l’ingérence des laïques dans les affaires ecclésiastiques et enfin la question de la résidence des évêques. Faute de fixer la nature du pouvoir dans l’Église et du rapport entre la papauté et l’épiscopat, cette question se révélera un handicap pour la Réforme catholique. Par contre, la création de la Sacrée Congrégation pour l’interprétation du Concile en 1564 par Pie IV, est une double victoire du Saint-Siège, d’une part contre l’intrusion des pouvoirs séculiers et d’autre part parce qu’elle ouvre la voie à l’ingérence de la Curie dans la vie des diocèses. Les conflits entre le pape et Philippe II en 1566 à propos de la validation des décrets des conciles provinciaux que revendiquaient les deux autorités montrent l’importance du débat. Celui-ci explique celle latente de la “lutte pour la juridiction”. En 1567, la détermination d’appliquer les décrets de Trente est acquise des deux côtés : la papauté se réserve le droit d’interpréter les décrets conciliaires et à en accorder les dispenses, le souverain se gardant la licence de contrôler les réformes ecclésiastiques. L’épiscopat, dont le rôle a été renforcé, devra tout de même lutter contre l’opiniâtreté des chapitres et de certains ordres religieux divisés entre la tendance à maintenir la situation et le souhait de réforme autonome. Les nombreux conflits de juridiction entre la Curie et la Couronne éclateront du fait de divergences de vues quant à la manière d’appliquer les décrets réformateurs. La partie sur “Église et patronage royal” (p. 247-413) décrit bien ce débat. Pour la réforme des réguliers, Philippe II encourage clairement le retour à l’observance et la suppression progressive du “conventualisme”. Pour les moniales la clôture papale est rigoureusement imposée. La préférence du souverain va nettement aux réformes axées sur l’obéissance et les formes de gouvernement efficaces. C’est précisément autour de cette question d’organisation et de pouvoir que se cristallisent les querelles entre Rome et Madrid. Le Saint-Siège craint que la réforme ne soit livrée aux mains de la Couronne, qui cherche d’ailleurs à évincer les supérieurs majeurs non espagnols. Finalement, ce que démontre l’auteur c’est que l’ensemble des conflits – et ils sont innombrables – entre Philippe II et la papauté, soit à propos de l’épiscopat, des chapitres ou des ordres religieux, se résume toujours à la question de la juridiction et de l’autorité. L’opposition ne se situe pas sur la nécessité de la réforme ou de la validité de l’œuvre du concile, mais sur son application et son interprétation. Cette thèse n’est pas révolutionnaire. Elle est pourtant neuve par l’utilisation de ses sources et la manière de les lire dans ce cadre. Philippe II y apparaît comme un souverain soucieux jusqu’à l’extrême de son autorité, la sentant menacée par toutes les institutions indépendantes de sa juridiction immédiate. Il se montre ainsi tout au long de cette période comme le chef de la Réforme. Incontestablement, et malgré ses trop nombreuses coquilles, le travail d’Ignasi Fernandez Terricabras rendra de grands services aux historiens. S.-M. MORGAIN (Exemplaire du BLE Tome CIII n° 4 Octobre - Décembre 2002)





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