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Archive recensions histoire de l'Église

ARDON Vie de Benoît d’Aniane
ARDON, Vie de Benoît d’Aniane, Abbaye de Bellefontaine, “Vie monastique, 39” 2001, 124 p.
Cet ouvrage retraçant la vie de Benoît d’Aniane (v. 750-821) porte en couverture l’incipit de la règle de saint Benoît d’après un manuscrit de la Bibliothèque Nationale (ms 10). Il apporte une contribution pointue à la connaissance du père abbé d’Aniane. Cette Vita par Ardon en est une source capitale. L’auteur, Pierre Bonnerue, propose une nouvelle édition d’une traduction ancienne (1910) revue à la lumière de deux thèses(1) soutenues récemment qui proposent des axes de lecture différents. L’ouvrage comporte une bibliographie où les ouvrages récents forment un gros tiers : 19 sont postérieurs à 1980 sur 53 notices. Un très utile index des noms de personnes et de lieux permet d’identifier rapidement les principaux repères spatiaux et biographiques tandis que celui des citations tirées de l’Écriture Sainte et des auteurs anciens remet en perspective l’œuvre du réformateur. Outre les subtilités d’une nouvelle traduction relevant de la littérature hagiographique, l’intérêt de l’ouvrage réside dans l’importante introduction qui montre clairement les liens entre Ardon et Benoît, qui réfléchit sur une autre histoire du texte et qui souligne les activités extrêmement variées du moine. Une version revue et corrigée : La traduction reprend les principaux éléments de la vie de Benoît d’Aniane. Installé en 814 dans le monastère d’Inden près d’Aix-la-Chapelle centre politique du monde carolingien, il exerce son activité à l’échelle de l’empire. C’est un personnage aulique de première importance. Connu surtout pour avoir réformé les institutions monastiques et canoniales, Benoît d’Aniane meurt en 821. Les moines d’Inden réclament assez vite une biographie à Ardon qui pourrait être son successeur mais dont l’auteur nous dit la quasi ignorance dans laquelle nous sommes à son sujet. Il aurait côtoyé le saint, d’où son autorité de biographe. Même si le texte se compose essentiellement des souvenirs d’Ardon et s’il est donc peu influencé, il obéit cependant à une structure hagiographique dont le modèle est la vie de saint Benoît de Nursie. Les cheminements des deux saints restent assez voisins, ce qui explique le parallélisme des récits. La rédaction reste proche des faits relatés dans le temps (dès 822). Le but n’est pas tant de raconter l’existence du saint personnage que d’ajouter un chaînon dans la filiation monastique et d’édifier les moines. Ce témoignage, donné suivant un récit chronologique, apporte beaucoup à la connaissance du moine réformateur, mais surtout de la réforme monastique. Cependant certains passage peu fiables ont jeté un discrédit sur l’ensemble de la Vita. L’intérêt de cette introduction est de réhabiliter la biographie d’Ardon en proposant notamment une nouvelle et très fouillée histoire du texte faisant le point sur les chapitres interpolés. Pour une autre histoire du texte : S’il existe trois versions de la Vie, celle rédigée par Ardon est connue sous deux formes ; les éditeurs ont considéré la plus courte comme incomplète ou abrégée. P. Bonnerue replace notre texte dans le vaste mouvement de falsifications qui a lieu entre le milieu du XIe siècle et le milieu du XIIe au moment où se constituent les cartulaires de Gellone et d’Aniane. L’interpolation consiste à placer dans un corpus original un chapitre nouveau complétant les informations du document d’origine dans le but d’assurer ici la supériorité d’Aniane sur Gellone. En effet la Vita est interpolée au plus fort de la lutte entre les deux monastères (entre la fin du XIe et le milieu du XIIe s.). L’auteur souligne – et c’est là une interprétation précieuse – que l’ensemble ne peut pas être considéré comme un faux, les renseignements de l’hagiographie étant vérifiés par ailleurs. L’auteur signale trois interpolations plausibles mais rappelle la vanité de ces efforts de falsification puisque les papes donnèrent raison à Gellone. Les activités littéraires de Benoît d’Aniane : P. Bonnerue insiste enfin sur la foison de travaux intellectuels du réformateur. Comme les moines et tous les savants de son époque, Benoît d’Aniane est un compilateur. Il a réuni trente règles monastiques qu’il a pu trouver et il a pris soin de placer en premier celle des Bénédictins. Ce corpus est perdu tout comme la collection des homélies des saints docteurs. Au chapitre 38, Ardon signale que Benoît a aussi composé une concordance des règles mentionnant uniquement les passages synoptiques. En outre Benoît a contribué aux efforts de l’apologétique de son temps en composant des écrits doctrinaux, notamment en luttant contre l’adoptianisme condamné au concile de Francfort en 794 auquel il a participé. P. Bonnerue nous livre donc une œuvre d’érudition, fort utile pour les chercheurs, qui fait du réformateur d’Aniane, selon les mots d’Ardon lui-même, le “maillon principal de la réception des anciennes règles monastiques”.
F.-P. CHANUT
(Exemplaire du BLE Tome CIII n° 4 Octobre - Décembre 2002)
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