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Adolphe GESCHÉ Dieu pour penser, t. VI : Le Christ

Adolphe GESCHÉ, Dieu pour penser, t. VI : Le Christ, Paris, Éditions du Cerf, 2001, 258 p. A. Gesché couronne sa “synthèse dogmatique” par le traité de christologie. On y retrouve le souffle et la qualité d’écriture qui contribuent grandement à la valeur de cet ouvrage. Un style clair et vigoureux, qui ne s’enferme pas dans la technicité des érudits, permet à A. Gesché d’exposer l’essentiel des acquis de la réflexion actuelle et d’introduire de manière souple au mystère de Dieu qui se révèle en Jésus-Christ, sauveur du monde. A. Gesché commence par poser la question des rapports entre ce qu’il est convenu d’appeler “le Christ de la foi” et “le Christ de l’histoire”, pour montrer tout de suite que l’opposition que l’on met habituellement entre ces deux concepts n’est pas juste, car la confession de foi et l’enracinement concret de Jésus ne sont pas séparables. Ils sont unis dans l’événement fondateur du christianisme, dans l’expérience chrétienne telle qu’elle se développe au cours des âges, au point que l’on ne peut dire l’un sans l’autre. La perspective d’ensemble de l’ouvrage est explicitement théologique et fidèle aux paroles même de Jésus qui se tourne toujours vers son Père et oriente les siens vers un avenir où l’Esprit-Saint joue un rôle majeur pour le salut. “Que Jésus fut ainsi parmi nous pour annoncer Dieu et annoncer l’homme, et non pour s’annoncer lui-même, ce sont mille textes du Nouveau Testament qui le montrent et nous le rappellent : Jésus est venu parler du Père qui est dans les cieux et en envoyer l’Esprit qui se trouvera désormais parmi nous” (p. 22). Cette perspective, étayée sur de nombreuses citations des Écritures (p. 21-53) donne l’enjeu de la christologie : expliciter la Révélation d’un visage nouveau de Dieu et donc souligner la transcendance et l’originalité du message chrétien. Il ne s’agit pas d’apporter quelques touches à un Dieu déjà connu par la raison à partir de la nature, mais bien d’accueillir une nouveauté radicale. Les accents pascaliens du premier chapitre rejoignent les propos de Michel Henry ou de Paul Ricoeur attentifs à ne pas réduire le christianisme à une opinion parmi d’autres. Ce point apparaît nettement à propos de la question de la souffrance de Dieu (p. 36s) rejetant ceux qui pensent que Dieu ne pourrait souffrir et donc aurait fait semblant de s’incarner. Pour cette raison, la christologie est source d’un savoir nouveau sur l’homme (p. 40-53) appelé à devenir enfant de Dieu et à vivre libre de toute fatalité. La christologie ainsi replacée dans la perspective de la révélation de Dieu et du salut de l’homme peut se développer sans risque de déformation : ni docète ni sécularisée. Pour ce faire A. Gesché prend au sérieux la nature des évangiles qu’il analyse comme “textes narratifs” en utilisant les ressources des méthodes modernes en littérature. Les informations historiques sont honorées ; la position de Jésus par rapport au judaïsme située de manière nuancée (p. 65). Ainsi le lecteur est invité à s’interroger sur l’identité de Jésus (p. 67s) et voir en lui celui en qui Dieu inaugure une nouvelle création parce que c’est celui qui accomplit l’œuvre du Père. A. Gesché conclut : “Jésus […] n’a qu’une formule pour se présenter à l’identification, c’est le ‘Me voici’. Jésus n’a pas dit ‘Je’, il a dit ‘Me voici’. Il s’est présenté, non dans l’auto-définition métaphysique d’un Je solipsiste, mais sous la forme de la responsa-bilité : comme quelqu’un qui est requis, requis par Dieu et requis par les hommes” (p. 104). A. Gesché conduit ainsi le lecteur à une étude de l’événement fondateur, le mystère pascal. Celui-ci est analysé de manière plurielle. D’abord au plan du langage (p. 135-143), ce qui permet de donner un statut aux récits des apparitions. Ce sont des révélations. L’ampleur du mystère du salut est manifestée par une analyse détaillée du sens de la Descente/remontée des enfers (p. 162-192). Ainsi l’événement fondateur n’est pas réduit à une histoire qui ne concernerait que Jésus, mais bien l’acte du salut de toute l’humanité, comme le confirme l’attention portée à l’Ascension du Christ (p. 176). Les pages consacrées aux épîtres sont très originales. L’auteur s’arrête aussi au titre christologique majeur “Jésus Fils de Dieu”_(p. 195s). L’originalité de sa réflexion qui assume la tradition vient de l’insistance avec laquelle A. Gesché lie cette attestation à l’expérience de la filiation telle que la décrit saint Paul. L’étude de ces épîtres donne un enracinement ferme au développement dogmatique ultérieur qui porte sur l’être de Dieu manifesté dans l’incarnation du Verbe. Parmi les précieuses remarques de A. Gesché, relevons sa proposition de déplacer le discours scolastique : “Chercher à comprendre l’essence de Dieu du côté de l’Incarnation (‘analogia Incarnationis’, aimons-nous dire, analogie d’incarnation) serait-ce plus important que de la chercher du côté de l’être (‘analogia entis’ comme nous le faisons communément sans complexe). […] Pourquoi le lieu de naissance du Verbe parmi les hommes n’indiquerait-il pas aussi, et peut-être mieux que la notion d’être, pour une part en tout cas, le lieu de son essence ? Au vrai, en découvrant l’Incarnation, les chrétiens n’ont pas seulement découvert l’Incarnation, mais Dieu-même, ce qu’est Dieu. Ils ont atteint, au plus proche, à la divinité de Dieu” (p. 236). Cet exposé théologique n’est pas sans manifester de grandes richesses pour la vie spirituelle comme le montrent les pages qui célèbrent la philanthropia tou theoû, l’amour de Dieu pour les hommes. Le livre couronne bien la synthèse théologique du regretté professeur de Louvain. J.-M. MALDAMÉ (Exemplaire du BLE Tome CIII n° 4 Octobre - Décembre 2002)





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