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Collectif, <i>Ce que nos yeux ont vu, Richesse et limites d’une théologie chrétienne de l’image</i>

Collectif, Ce que nos yeux ont vu, Richesse et limites d’une théologie chrétienne de l’image, Lyon, Profac, 2000, 172 p.

Le travail d’un séminaire de la Faculté de théologie de l’Institut catholique de Lyon donne lieu à la publication de cet ouvrage consacré à la théologie chrétienne de l’image. Trois parties rassemblent les diverses communications ; la première traite de l’iconoclasme, la seconde est un “retour aux sources patristiques et bibliques” et la troisième une “théologie de l’histoire de l’art”. On ne saurait demander à un petit livre de traiter à fond de toutes les questions abordées sur un thème aussi vaste, mais en l’occurrence on possède un excellent travail universitaire qui donne aux étudiants une information de base et met en appétit pour une recherche ultérieure. L’ouvrage alterne des études de synthèses et la présentation de dossiers plus circonstanciés.
Ainsi Dominique Cerbelaud donne une première étude synthétique (p. 11-20) sur “La théologie iconoclaste et la réponse orthodoxe” avant de présenter un dossier patristique qui permet de lire des textes fondamentaux sur la question (p. 61-88). De même l’étude biblique de Pierre Gibert (“Image et Bible : l’Ancien Testament”, (p. 89-102) est une synthèse de qualité, tandis que les deux autres études sont plus précises et plus détaillées sur “Inconoclasme et/ou aniconisme contemporains” (p. 47-54) et “Les peintres du visage” (p. 133-154) qui abordent les questions actuelles de l’art chrétien. Le dossier n’est donc pas seulement consacré à des questions anciennes autour de l’icône, mais il donne une perspective d’ensemble depuis les origines jusqu’à aujourd’hui en passant par la Renaissance et la Réforme avec les deux études de Chantal Leroy, “De l’art médiéval à la Renaissance”, p. 115-154, et d’Isabelle Chareire (“Une théologie protestante de l’image ?”, p. 33-46). Le dossier pénètre également dans les arcanes de la création en s’interrogeant sur les motivations des créateurs. L’intention de servir la foi se développe par le choix des moyens et des styles qui s’inscrivent à l’intérieur d’une intention théologique implicite ou explicite. On entre ainsi dans les débats théologiques au sens strict, puisqu’il s’agit de la représentation de Dieu même et donc de sa nature éternelle comme de la nature de sa manifestation dans l’histoire des hommes.
On ne peut que regretter que cet ouvrage ne soit pas accompagné d’une iconographie suffisante. Il aurait fallu en effet accompagner les développements par un support visuel. Par exemple, Pierre Gibert dans sa très belle étude sur la représentation du visage cite Modigliani, Jawlensky et Rouault ; or, seule une œuvre de Modigliani est reproduite. L’œuvre de Jawlensky est-elle si connue qu’il ne soit pas nécessaire de montrer ne serait-ce qu’une reproduction en noir et blanc ? On touche là le fond du problème : quelle que soit la richesse de la parole ou du texte écrit, ils ne peuvent remplacer une image qui permet un accès à la réalité par un chemin irréductible. Ainsi l’absence éprouvée de représentation permet de comprendre la valeur de l’image et sa nécessité, pour accéder au mystère. On pourrait aussi regretter l’absence d’une réflexion philosophique sur les questions abordées, en particulier celle de la représentation et de la communication. Cependant, en l’état, ce petit livre constitue une bonne introduction aux questions théologiques posées par l’art sacré et le mystère de la transcendance du Dieu incarné, présent dans l’histoire.

J.-M. MALDAMÉ






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