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Archive recensions histoire de l'Église

Marie-Anne Vannier
Anthropos laïkos, Mélanges Alexandre Faivre à l’occasion de ses 30 ans d’enseignement, édités par Marie-Anne Vannier, Otto Wermelinger et Gregor Wurst, Fribourg (Suisse), Éditions Universitaires, 2000, 368 p.
La Faculté de Théologie catholique de Strasbourg, partie intégrante de l’Université Marc Bloch, a voulu rendre hommage à un historien et un chercheur dont les travaux sur Les Laïcs aux origines de l’Église (son ouvrage principal, traduit en quatre langues) ont fait la renommée. Parmi ses autres livres, citons Naissance d’une hiérarchie ainsi que Ordonner la fraternité, et récemment Les Premiers Laïcs. Lorsque l’Église naissait au monde (recensé supra).
Alexandre Faivre a enseigné pendant longtemps, simultanément, la période patristique et l’histoire contemporaine de l’Église ; signe de son aptitude à étudier le passé sans perdre de vue le présent, et à confronter les pratiques actuelles du christianisme à celles des origines. Promoteur d’un enseignement théologique à distance très apprécié, auteur de nombreux articles, il voit aujourd’hui sa carrière couronnée par un recueil de qualité.
Trente auteurs ont contribué à ces Mélanges. Ne pouvant les nommer tous, mentionnons seulement quelques grands noms de la patristique actuelle, et quelques articles ayant retenu notre attention. Cette présentation “apéritive” incitera, souhaitons-le, à lire l’ensemble des contributions ici rassemblées : chacune le mérite. S’il fallait émettre un seul regret, un plan thématique aurait mieux fait ressortir la cohérence de l’ouvrage que l’ordre alphabétique adopté. La préface, cependant, répond à ce souhait en regroupant les articles, ce que nous ferons ici en les ramenant à cinq grands domaines.
1. Les origines du christianisme et son rapport historique au judaïsme. Deux articles audacieux, de François Blanchetière et Simon Mimouni, sont ici à signaler. Le premier combat l’idée selon laquelle l’Église primitive fut missionnaire au sens classique du terme, et plaide plutôt pour une diffusion par “capillarité” au sein du judaïsme hellénistique. Le second cherche à comprendre la naissance du baptême chrétien en lien avec l’existence possible d’un “baptême pharisien”, rite d’adhésion proposé aux juifs voulant s’adjoindre à ce mouvement, et qui serait à l’origine du baptême des prosélytes. Osons dire que ni l’une ni l’autre de ces deux hypothèses n’a emporté notre adhésion, notamment parce qu’elles nous paraissent trop éloignées des données scripturaires. Comment considérer les récits de prédication aux païens, dans les Actes, comme de pures fictions littéraires ? Comment écrire une préhistoire du baptême chrétien sans partir du baptême de Jean, et de la spécificité du mouvement baptiste ? Il reste que ces recherches stimulent la réflexion et nourrissent le débat.
2. L’organisation ecclésiale antique, thème cher à M. Faivre, fait l’objet de plusieurs synthèses. John K. Coyle propose une intéressante rétrospective sur l’évolution du concept d’ordre du Ier au IVe siècle. Pierre Maraval rappelle, exemples à l’appui, la profonde différence entre sacerdoce et monachisme, et leur incompatibilité aux premiers siècles. Roland Minnerath retrace les causes de la disparition du diaconat permanent.
3. La littérature apocryphe fait l’objet de plusieurs articles remarquables, parmi lesquels un inventaire des textes de Nag Hammadi sur la croix et la crucifixion, par Jean-Marc Prieur ; une étude de Bernard Pouderon sur le roman pseudo-clémentin ; et une étude originale de Flavio Nuovolone sur “la légende du Christ, XXIIe et dernier prêtre de Jérusalem”.
4. La patristique regroupe une dizaine de travaux, parmi lesquels ceux de Mariette Canévet sur un passage difficile de Grégoire de Nysse et de Marie-Anne Vannier sur “Jean Cassien, Scythe ou Provençal ?”. Paul Mattei, en des pages denses, fait le bilan de l’ecclésiologie de Tertullien. Attila Jakab étudie l’organisation de la communauté chrétienne chez Clément d’Alexandrie. Enfin l’auteur de ces lignes propose, sous le titre “Pneuma prophetikon”, une étude synthétique sur le prophétisme dans l’œuvre de Justin de Rome. Elle peut être rapprochée de celle de Pierre Vallin, intitulée “La prophétie et le sacrement”, dans le refus d’opposer prophétie et institution, charisme et structure, pour montrer au contraire leur originelle unité.
5. Les questions contemporaines, qui ne sont pas oubliées, donnent lieu à plusieurs articles stimulants. Signalons seulement celui de Donna Singles, intitulé “Un ‘peuple saint’ sous le poids du sacré”, qui soulève de lourdes questions quant à la forme à donner aux ministères.
Les autres articles, nous l’avons dit, sont tous de haut niveau. Les éditeurs peuvent se féliciter de cet ensemble, qui témoigne de la vigueur de la théologie historique en France et lui promet un bel avenir.
D. VIGNE
(Exemplaire du BLE Tome CIII n° 2 Avril - Juin 2002)
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