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Claudio MORESCHINI et Enrico NORELLI

Claudio MORESCHINI et Enrico NORELLI,Histoire de la littérature chrétienne ancienne grecque et latine ; Tome 1 : De Paul à l’ère de Constantin,traduit par Madeleine Rousset, Genève, Éditions Labor et Fides, 2000, 510 p. Respectivement professeur de littérature latine à l’Université de Pise et professeur de littérature chrétienne apocryphe à l’Université de Genève, C. Moreschini et E. Norelli signent ici un ouvrage fort utile, dont on doit dire d’emblée qu’il n’existe aucun équivalent en français. Recenser systématiquement les textes chrétiens des trois premiers siècles, donner l’état de la critique historique à leur sujet, en présenter brièvement le contenu, suppose un travail considérable. Notre intérêt grandit encore à l’annonce d’un second volume, traversant les deux siècles suivants. Les auteurs ont tenu à se démarquer de la présentation traditionnelle, distinguant les écrits canoniques des textes apocryphes, et les “Pères de l’Église” des auteurs mineurs ou hérétiques. La classification adoptée se veut purement descriptive, soit par genre littéraire, soit par aire géographique, soit par période historique, soit par famille d’auteurs. Osons dire que cette organisation ne simplifie pas vraiment la matière étudiée : malgré leur désir d’objectivité, les têtes de chapitre restent empiriques, voire arbitraires. Associer par exemple l’Épître de Jacques et la Lettre de Barnabé dans un chapitre intitulé “Traités en forme de lettres” n’est pas très éclairant : le caractère radicalement juif du premier texte, radicalement anti-juif du second, suggèrerait plutôt de les séparer nettement. Par contre, les Actes des martyrs sont dispersés sur trois ou quatre chapitres ; formant un genre littéraire bien distinct, ne gagneraient-ils pas à être regroupés ? En fin d’ouvrage, un index des auteurs et des œuvres permet toutefois de pallier ces inévitables difficultés. S’il est permis d’émettre une autre réserve, il nous semble que le refus de “sélection dogmatique” des textes peut parfois être un a priori discutable. Le caractère canonique d’un texte n’est pas réductible à un label secondaire, dont on puisse aujourd’hui se passer pour aborder ce texte de façon objective. La canonicité officialise au contraire une autorité qui est historiquement “congénitale” au texte, dans la mesure où sa réception et sa diffusion le distinguent d’autres textes comparables. Ainsi le retentissement objectif d’un évangile nous paraît un critère d’examen aussi important que son genre littéraire, et met incontestablement les quatre évangiles principaux à part. Le simple fait que ceux-ci aient objectivement servi de référence commune aux auteurs ultérieurs, interdit d’entretenir le mythe d’une littérature chrétienne indistincte, indifférente aux critères d’orthodoxie. Ce mythe ne ferait que remplacer celui d’une orthodoxie spontanée, et d’un Nouveau Testament auto-constitué. Il est vrai que les écrits dits apocryphes enrichissent notre connaissance du christianisme ancien, et méritent d’être étudiés attentivement ; mais on se tromperait à en majorer l’importance au détriment de l’émergence objective des écrits dits canoniques. Ces deux réserves ne diminuent en rien le mérite du livre, et son utilité ; elles en dessinent seulement les limites. Instrument de travail irremplaçable, il aborde les textes de façon relativement disjointe, et constitue moins une “histoire” qu’une présentation scientifique de cette littérature foisonnante. Pour ce qui est du contenu, redisons l’immensité des connaissances ici rassemblées. Chaque auteur fait l’objet d’une solide monographie et d’une bibliographie récente. Les paragraphes sont denses, et fourmillent d’informations. S’il fallait s’en écarter sur un point, nous dirions que la distinction entre Évangile des Nazaréens et Évangile des Hébreux (p. 86-90) nous paraît discutable, en tous cas chez Jérôme. Mais ces questions sont complexes, et l’admiration pour le travail scientifique des auteurs l’emporte largement. Avoir “cartographié” la forêt touffue des premiers écrits chrétiens est un immense service rendu à tous ceux que cette période intéresse – et à plus forte raison, à ceux qu’elle passionne. D. VIGNE (Exemplaire du BLE Tome CIII n° 2 Avril - Juin 2002)





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