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Archive recensions Naissance du Christianisme

sous la direction de S.-C. Mimouni - Actes du Colloque de Jérusalem, 6-10 juillet 1998
Le Judéo-christianisme dans tous ses états, Actes du Colloque de Jérusalem, 6-10 juillet 1998, sous la direction de S.-C. Mimouni, Paris, Éditions du Cerf, 2001, 462 p.
Il est difficile de présenter les 22 communications (dont huit en anglais et une en italien) qui constituent cet ouvrage. Près de quarante ans après le colloque qui s’était tenu à Strasbourg, en 1964 – colloque animé par le doyen Marcel Simon –, S.-C. Mimouni commence par situer les enjeux des recherches actuelles sur le judéo-christianisme. Faisant preuve de beaucoup de prudence, Claude Geffré note ensuite qu’il serait illusoire de penser que l’on puisse arriver aujourd’hui “à une définition du judéo-christianisme qui fasse l’unanimité parmi tous les chercheurs”. Mais, ajoute-t-il, “nous aurons déjà fait un grand pas si nous faisons un bilan plus détaillé des consensus déjà acquis et un meilleur repérage des chantiers qui demeurent toujours ouverts”.
Suit une première partie consacrée à l’”histoire de la recherche”. Une fois évoquée la contribution de Marcel Simon à l’Étude du judéo-christianisme, c’est celle d’Oscar Cullmann qui fait l’objet d’une étude, essentiellement à partir de ses travaux sur les Homélies et les Reconnaissances du Pseudo-Clément.
De la deuxième partie, intitulée “Fondations”, on retiendra les communications d’Émile Puech à propos de “la crucifixion comme peine capitale dans le judaïsme ancien” et de S.-C. Mimouni sur “Paul de Tarse ; Éléments pour une réévaluation historique et doctrinale”. Si la thèse de Puech est connue – à savoir que la crucifixion était aussi un supplice pratiqué par les juifs –, le souci de S.-C. Mimouni de réévaluer historiquement et doctrinalement Paul de Tarse est tout à fait remarquable. Constatant que, durant longtemps, “la plupart des travaux sur Paul ont souffert d’une tendance soit à l’apologétique soit à la polémique”, Mimouni conclut que “Paul a été sans nul doute un des plus grands ‘génies religieux’, surtout pour avoir osé interpréter la Torah en fonction de la croyance messianique en Jésus, interprétation qui l’a conduit à l’ouverture du message chrétien non seulement aux juifs mais aussi aux païens”. À noter aussi dans cette partie les réflexions étonnantes de É. Nodet dans un article dont le titre est déjà tout un programme : “James, the brother of Jesus, was never a christian”. Quant à ceux “qui trouvent l’étude du judéo-christianisme apparemment difficile et rébarbative”, la lecture de W.L. Petersen, “Constructing the matrix of Judaic christianity from texts”, devrait les persuader du contraire. Pour cet auteur, il existe en effet de nombreux textes, aussi bien dans le Nouveau Testament lui-même que dans les variantes connues, ainsi que dans les sources patristiques, où l’on retrouve quantité d’éléments à propos du judéo-christianisme, mais ces textes ont le plus souvent été ignorés.
La troisième partie est constituée d’une douzaine de communications où il est à nouveau question du Roman Clémentin ou d’Hégésippe “as a source of the history of Jewish christianity” (F. Stanley Jones). Sont également d’un grand intérêt les articles consacrés au “regard d’Origène sur les judéo-chrétiens” (G. Dorival) ou à “une tradition judéo-chrétienne dans le Traité des Mystères d’Hilaire de Poitiers” (Fr. Mans). Étudiant les problèmes posés par le Testimonium Flavianum, Serge Bardet refuse d’y voir une interpolation chrétienne des IIe-IIIe siècles. Dans un contexte totalement différent, B. Pixner tente de retracer l’histoire de la première communauté primitive de Jérusalem.
Pouvait-on en rester là et ne pas évoquer le débat théologique actuel entre juifs et chrétiens ? Cela aurait été méconnaître l’actualité des recherches sur les judéo-chrétiens et, de manière plus large encore, les enjeux du dialogue judéo-chrétien par rapport au dialogue interreligieux en général. C’est dire l’importance de la communication de Claude Geffré, intitulée “Révision de la théologie chrétienne du judaïsme”. Avec la finesse qu’on lui connaît, Cl. Geffré pose trois questions qui ont été souvent sources de malentendus dans les rapports entre juifs et chrétiens : Que penser d’un patrimoine commun entre juifs et chrétiens ? Comment interpréter l’accomplissement de la Première Alliance en Jésus-Christ ? Comment entendre la situation de contestation réciproque d’Israël et de l’Église jusqu’à l’achèvement du dessein de Dieu ? Après avoir répondu à ces questions, Cl. Geffré tire une conclusion qu’il est difficile de ne pas citer ici : “Le judaïsme n’est pas seulement une pédagogie envers le christianisme. C’est dans son altérité même qu’il doit être récapitulé dans le Christ. De même qu’il y a dans l’Ancien Testament une Parole de Dieu qui est irréductible au Nouveau Testament de Dieu, de même il y a un irréductible d’Israël dans cet espace commun qu’est l’attente du royaume de Dieu. Cette attente doit conduire à une émulation réciproque d’Israël et de l’Église en vue d’une plus grande fidélité à leur vocation propre.”
Voilà qui ne rend que plus urgent une meilleure connaissance du judéo-christianisme ou, plus exactement, de ses différents “centres”. Car, et c’est là une des conclusions de Fr. Blanchetière : “a existé un proto-judéo-christianisme, lui-même complexe, qui a ensuite évolué dans différentes directions”. Bref, “nous sommes en présence non d’un point sur un prisme, mais d’un faisceau lumineux diffracté, issu d’un point source, le rabbi de Nazareth”.
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