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Archive recensions Naissance du Christianisme

François BLANCHETIÈRE
François BLANCHETIÈRE, Enquête sur les racines juives du mouvement chrétien (30-135), Paris, Éditions du Cerf, “Initiations”, 2001, 588 p.
L’étude de François Blanchetière, professeur à l’université Marc Bloch (Strasbourg II), est une synthèse de près de 600 pages sur les “Nazaréens”, terme qu’il préfère à celui de “judéo-chrétiens”.
Dans la première partie de son livre, l’auteur fait l’inventaire des données littéraires et archéologiques qui permettent de retracer l’histoire de la double séparation que subirent les nazaréens durant les quelques cent cinquante premières années de notre ère. “Juifs soucieux d’observance des mizvot”, ils furent en effet rejetés par leurs frères chrétiens. Mais convaincus de la messianité de leur Maître, “le Rabbi Yeshu ou Yeshua de Nazareth dont ils suivaient la halakha”, ils furent également rejetés par le judaïsme normatif qui se constitua au lendemain de la catastrophe de 70. “D’expression sémitique, rejetés des uns et des autres, les notzrim ont [donc] survécu à l’écart, comme dans un no man’s land”.
Dans la seconde partie de ce livre, Fr. Blanchetière tente de retrouver les idées, les croyances, les pratiques et les institutions des Nazaréens. Cette quête est de toute évidence plus laborieuse que celle qui occupait la première partie de l’ouvrage. On y apprend surtout que “les premiers siècles des courants nazaréen tout autant que chrétien furent beaucoup plus contrastés et plus agités que ne le donnent à penser certaines présentations traditionnelles”. Aussi bien par rapport à la reconnaissance de la pleine divinité du Christ, à l’acceptation de la croix, à la compréhension des différentes fêtes chrétiennes qui se superposeront progressivement à d’anciennes fêtes juives, qu’à la mise en place d’instances de régulation, on assiste en effet à des débats qu’il est difficile de présenter ici.
De manière étonnante, l’auteur consacre ensuite une cinquantaine de pages aux “hellènes chrétiens”, l’ecclésia ex gentibus, pour conclure : “En résumé, le nazaréisme et le christianisme se sont donc définis et affirmés, ont élaboré leur identité, leur spécificité en grande partie en opposition et au polythéisme et au judaïsme, ce qui a généré un antipolythéisme de même qu’un antijudaïsme tridimensionnel de différenciation, d’installation et de ressentiment. Se pose en conséquence le problème de l’attitude vis-à-vis de l’attitude de l’Autre, l’économie vétéro-testamentaire d’une part, l’hellénisme d’autre part, en d’autres termes l’attitude vis-à-vis du ‘monde’ dans toute la complexité que revêt ce concept chez Jean”.
On l’aura compris, cette question est toujours d’actualité. Elle révèle un des intérêts de ce livre. À relire l’histoire des séparations qui ont accompagné la naissance du christianisme, on ne comprend que mieux en effet certaines questions qui peuvent se poser aujourd’hui.
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