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Archive recensions Naissance du Christianisme

XVIIIe Congrès de l’ACFEB, sous la direction de Philippe Abadie et Jean-Pierre Lemonon
XVIIIe Congrès de l’ACFEB, sous la direction de Philippe Abadie et Jean-Pierre Lemonon,Le Judaïsme à l’aube de l’ère chrétienne , Paris, Éditions du Cerf, “Lectio Divina, 186”, 2001, 412 p.
Ce livre réunit quatorze contributions qui ont été données lors du Congrès des biblistes français qui s’est tenu à Lyon, en septembre 1999. Elles sont regroupées autour de cinq thèmes : Politique et culture ; Les Maîtres d’Israël ; L’Apocalyptique ; La Résurrection des morts ; Des Pères de l’Église et le judaïsme. Faute de pouvoir reprendre toutes ces différentes contributions, on en présentera trois qui indiquent bien l’intérêt de ce livre.
La première concerne le roman de Tobit, un livre qui, de l’avis même de Marie-Françoise Baslez, “a suscité relativement peu d’intérêt jusqu’à une date récente”. Composé durant la période grecque, cette “fiction historique” exprime déjà “la volonté de ne pas se laisser absorber par l’hellénisme tout en admettant certains acquis”. Bref, il s’agit de remettre l’hellénisme à sa place en préservant la spécificité du destin juif. Comment ? En proposant “une éthique du comportement” que M.-Fr Baslez résume en trois points : effacer le courtisan derrière le croyant, réaffirmer les appartenances identitaires du Juif dans la Diaspora, prôner enfin l’endogamie la plus stricte. Dans ce contexte, la conversion n’a donc plus beaucoup d’actualité, et on assiste à une “position de repli et de frilosité, qui circonscrit la religion dans la sphère du privé”.
Différemment, l’étude de Philippe Abadie porte sur les racines de l’apocalyptique. Évoquant la production littéraire des “apocalypses” – que l’on situe globalement entre le IIe siècle avant Jésus-Christ et le IIe siècle de notre ère – Ph. Abadie montre bien que l’on ne peut pas “réduire tous ces écrits à l’apocalyptique, d’autant que la plupart d’entre eux mêlent les genres littéraires”. À cela s’ajoute le fait qu’il “serait réducteur de restreindre l’horizon [des apocalypses] aux seuls écrits juifs et d’oublier qu’un tel mouvement s’est étendu à tout le monde méditerranéen, de l’Égypte à la Babylonie, pour ne rien dire du monde grec”. Après avoir indiqué les critères qui permettent de “définir une apocalypse”, et avoir abordé la question des “sources du mouvement apocalyptique”, l’auteur peut donc conclure que “complexe dans sa formulation littéraire – parce que ‘genre hybride’ par excellence –, l’apocalyptique ne l’est pas moins dans ses racines, dépendantes à la fois de l’eschatologie prophétique et de la sagesse mantique babylonienne. Comme telle, son écriture est bien plus qu’une continuation des écritures passées, elle est un lieu de rencontre entre l’héritage hébraïque le plus authentique et la sagesse divinatoire issue du monde des nations”.
En posant la question “Immortalité ? Résurrection ? Faut-il choisir ?”, Maurice Gibert aborde un sujet qui a été au cœur de débats passionnés et parfois même violents. Refusant de trancher, M. Gibert démontre, textes à l’appui, que “les scénarios concernant l’au-delà de la mort ne se réduisent pas à une opposition simple : résurrection des morts ou immortalité de l’âme. D’un texte à l’autre (Siracide, Sagesse de Salomon ; Pseudo-Phocylide ; Qoûmrân), voire d’un univers linguistique à l’autre (hébreu, araméen, grec), les deux concepts restent (en effet) intimement liés”.
D’autres études auraient dû être présentées, comme celle de Bernard Meunier qui révèle qu’au milieu du IIe siècle “un chrétien (d’origine païenne) comme Justin ne considérait pas comme un fait accompli ou inéluctable la séparation totale entre Juifs et Chrétiens”, ou comme celle de J.-P. Lemonon qui, à propos de la question de la mission juive au Ier siècle, refuse “l’idée de mission au profit d’une certaine ‘contagion’ de la foi juive dans un monde romain en quête de spiritualité”.
De manière générale, ces différentes communications mettent en évidence à la fois la complexité et le rayonnement exercé par le judaïsme au seuil de l’ère chrétienne. Elles remettent en cause également, et ce n’est pas leur moindre intérêt, bien des lieux communs, malheureusement toujours tenaces.
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