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Archive recensions Théologie

Sous la direction de Henri Bourgeois
La Théologie en Pologne aujourd’hui, sous la direction de Henri Bourgeois, Paris, Éditions du Cerf, 1998, 124 p.
Si la France et la Pologne ont toujours eu des liens très étroits, et cela en bien des domaines, il n’est pas évident que la théologie polonaise contemporaine soit connue des chrétiens et théologiens français. Après l’avènement d’un pape polonais, après la chute du mur de Berlin et l’effondrement des régimes communistes de l’Est, il est devenu urgent d’approcher ce terreau ecclésial et ses dynamismes, auxquels l’histoire semble avoir donné raison. D’où cette présentation, par Henri Bourgeois, d’écrits réalisés par d’éminents théologiens polonais, de Lublin, de Varsovie et d’ailleurs. On y découvrira, au sein d’une culture postcommuniste, nombre de propositions en Dogmatique, en Fondamentale, en Liturgie, à propos de l’œcuménisme ou du dialogue judéo-chrétien.
Cet ouvrage se structure autour de trois grands chapitres, tous réalisés à plusieurs voix. Le premier chapitre, intitulé “Visages de la théologie en Pologne aujourd’hui”, regroupe des textes en lesquels leurs auteurs respectifs pointent un certain nombre d’enjeux ecclésiaux pour aujourd’hui et pour demain : le public touché par les sciences théologiques, les lieux et instruments de travail (institutions, revues, etc…) ainsi que ses conditions de réalisation, les rapports avec l’Occident, la place de la théologie dans la vie civile et dans la vie ecclésiale. De ces différents points de vue le lecteur ne peut qu’être surpris par la vigueur d’une flamme qui a survécu à nombre d’éteignoirs…
Le chapitre deuxième, intitulé “Grands domaines de la théologie polonaise”, se propose d’inventorier le contenu du cadre préalablement tracé. Successivement vont être abordés : la Confession de foi et la Dogmatique, en rapport avec la pensée philosophique contemporaine ; vient ensuite une approche du travail exégétique, de la théologie morale, de l’histoire de l’Église. Les humiliations et les souffrances des théologiens polonais qui ont travaillé sous le régime communiste, tous ces anciens qui maintenant se retirent, peuvent avec fierté et confiance considérer ce renouveau que leur résistance et leur opiniâtreté ont rendu possible.
Le troisième chapitre, enfin, s’attache à souligner ce qu’il y aurait de significa-tivement nouveau dans la théologie polonaise aujourd’hui. Et les auteurs d’énumérer : le passage de l’Apologétique à la Fondamentale, le rapport aux traditions non-chrétiennes et chrétiennes non-catholiques, la relation avec le judaïsme.
Et c’est au terme de cette triple revue que Henri Bourgeois esquisse non pas une conclusion, mais une sorte d’”appréciation de la théologie polonaise telle que les français croient l’apercevoir” : titre déjà autocritique, humoristique et ouvert à une découverte et un renouvellement du regard. Henri Bourgeois relève en premier lieu la “vitalité” de la théologie polonaise aujourd’hui, malgré une situation d’après cataclysme, des moyens financiers réduits, une mutation socio-culturelle sans précédent. Car partout le renouveau est à l’œuvre : créations universitaires, proposition de livres et revues, traduction de livres étrangers, problématiques inédites, etc.
Cette vitalité, H. Bourgeois la juge fille du “courage” : sous et après le régime communiste, dans le dialogue judéo-chrétien, en un pays qui a cherché, trouvé et redécouvert une certaine forme de liberté, des croyants, des chrétiens, ont tenu tête à l’adversité à leurs risques et périls : la suite leur a donné raison.
Mais tout cela, finalement, dans une “relation complexe” entre la Pologne et l’Occident, entre théologiens polonais et français en particulier ; en effet, ces derniers jugeraient la théologie polonaise comme trop apologétique, trop mariale, trop romaine ; tandis que ceux-là pensent que les français ne la connaissent pas et la jugent sans la connaître. Faudrait-il qu’alors ils se tournent vers l’Est ?
Au total, et c’est là le message de l’auteur, il serait regrettable qu’en dépit de l’amitié multi-séculaire entre la France et la Pologne, les “deux sœurs théologiques” ne puissent se rencontrer pour travailler à une théologie européenne qu’il juge désormais inéluctable, une théologie respectueuse des légitimes traditions qui la précèdent et dont elle sera la couronne et le fruit.
J.-J. PÉRÉ, p.s.s.
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