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Sous la direction de Didier Ozanam

Lettres de Frédéric Ozanam, Supplément et tables, Éd. critique sous la direction de Didier Ozanam, avec la collaboration de Bernard Barbiche, Magali Bremard, Christine Franconnet, Marie Laporte, Paris, Société de Saint-Vincent-de-Paul et Éditions Klincksieck, 1997, 248 p. Le cinquième volume de l'édition critique des lettres de Frédéric Ozanam achève l'entreprise menée par une dizaine de collaborateurs et offre un précieux instrument de travail en présentant une table des correspondants d'Ozanam et un index général des 1448 lettres, extraits de lettres et billets adressés, de 1829 à 1853, à 205 correspondants presque tous identifiés. Si on compte 619 lettres adressées à des membres de sa famille, à des amis ou des relations proches (notamment les confrères de Saint-Vincent-de-Paul), on relève seulement les noms de 27 destinataires ecclésiastiques et de 34 étrangers parmi lesquels figurent 25 Italiens et 6 Allemands. Il faut souligner le soin mis à situer les personnes citées dans les lettres, à permettre la compréhension des situations évoquées ; on perçoit mieux l'opposition du courant des catholiques modérés ou libéraux, tel Ozanam, affronté aux opinions intransigeantes d'un Louis Veuillot (p. 103). Ce cinquième tome comprend 112 lettres ou billets retrouvés depuis la parution des volumes antérieurs et 9 lettres déjà éditées qui ont pu être complétées ou mieux datées. Quelques lettres adressées à son ami Fortoul complètent l'édition des lettres de jeunesse (volume l) ; elles précisent la formation qu'il reçut au collège royal de Lyon et l'influence déterminante de l'abbé Noirot : à 18 ans, préoccupé par le Saint-Simonisme, il perçoit sa mission d'élaborer une œuvre historique pour montrer que le catholicisme, ''appuyé sur la science'', devrait conduire ''le siècle renaissant'' à la civilisation (lettres 1340 et 1341). Gradué en Droit et en Lettres (p. 41), il entreprend de multiples démarches pour obtenir la création d'une chaire de droit commercial à Lyon ; il n'y exerce qu'une année, avant de devenir suppléant à la chaire de littérature étrangère de la Sorbonne dont il sera nommé titulaire en 1844. L'universitaire brillant, reconnu tel par ses pairs, est un linguiste et un historien s'intéressant à la langue espagnole (lettre 1384) comme à la tradition littéraire en Italie, ou à l'établissement du christianisme en Allemagne. On découvre l'homme intérieur, catholique fervent, vivant la charité, fidèle à ses amis, compatissant à leurs peines, affectionné et dévoué dans les liens familiaux. Confrère de Saint-Vincent-de-Paul, il fonde dès 1836 la conférence de Lyon. Il unit étroitement spiritualité et action : ''le moment de recevoir le salaire peut arriver pour nous avant la fin de la journée...'' (lettre 1368, du 8 octobre 1837). Ses rapports adressés à la Société à Paris aident à comprendre la gravité de la question sociale à Lyon (lettre 1371, du 2 mars 1838) et le catholicisme populaire (page 72). Il décrit le service médical des malades pauvres, l'œuvre des militaires dont beaucoup ''gardaient encore un tendre attachement à la foi de leur mère'' (lettres 1369 et 1372). On perçoit son état d'esprit : ''Celui qui va porter dans la maison du pauvre un morceau de pain en rapporte souvent le cœur plein de joie et de consolation. Ainsi dans ce doux commerce de charité, les avances sont faibles et le bénéfice est grand'' (lettre 1361). Il invite les différentes conférences à maintenir leur union (lettres 1361, 1368), à garder ''le double caractère religieux et laïque [de la Société] qui seul peut assurer son utilité et féconder ses efforts'' (lettre 1375). Son courage et sa spiritualité se perçoivent dans sa dernière maladie. Bon époux et père attentif, il clôt son testament en s'adressant à sa femme : ''Nous échangerons sous les yeux de Dieu même, le long embrassement qui ne finira plus'' (p. 156). Le jour de ses 40 ans, il peut écrire : ''Faut-il donc quitter tous ces biens que vous-même, mon Dieu, vous m'aviez donnés ? [...] Quand je considère les grâces dont vous les avez enrichies, je repasse mes années devant vous, Seigneur, avec reconnaissance. Ah ! si ces pages sont les dernières que j'écris, qu'elles soient un hymne à votre bonté !'' (p. 155). Ainsi pria cet humble serviteur des pauvres dont l'Église catholique devait reconnaître les mérites en l'admettant, en 1997, au nombre des bienheureux. J.-C. MEYER (Exemplaire du BLE Tome CI n° 3 Août - Septembre 2000)





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