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Marie-Claire TIHON

Marie-Claire TIHON, Saint Pierre Fourier, Préface par René Taveneaux, Paris, Éditions du Cerf, ''Épiphanie : Biographies'', 1997, 290 p.

En s'appuyant sur l'examen critique de sources très variées, Sœur Marie-Claire Tihon présente une biographie précieuse et sûre. Un style rigoureux, une langue fluide en rendent la lecture agréable. L'ouvrage se situe dans la suite des études réalisées par Sœur Hélène Derréal qui contribua à révéler la personnalité exemplaire de saint Pierre Fourier (1565-1640) et qui fit éditer sa Correspondance. L'historien sera incité à s'y référer par les lettres citées dans la présente biographie : on y trouve l'attention aux pauvres gens, la description des souffrances de la population victime de la guerre, les commentaires de l'Écriture sainte.

L'auteur situe le jeune Pierre dans son milieu familial : le père, maître drapier, prit soin d'éduquer ses enfants et, par son exemple, de les former à la vie chrétienne. Pierre perçut très tôt sa vocation sacerdotale. Élève des jésuites au collège de Pont-à-Mousson, il se montra un élève brillant et pieux avant de faire profession chez les chanoines réguliers de Saint-Augustin à Chaumousey et de recevoir l'ordination sacerdotale. Il fut alors envoyé à l'Université de Pont-à-Mousson, dirigée par les Jésuites, pour y étudier la théologie et le droit. Devenu curé de Mattaincourt en 1597, une union si étroite le lia à sa paroisse qu'on le désigna comme ''le Père de Mattaincourt'', exerçant son ''mestier de curé'' [= son ministère] dans l'esprit du concile de Trente, avec deux objectifs : les œuvres et l'éducation. Comme dans les autres villages lorrains, les écarts sociaux étaient grands. Austère dans son mode de vie, il incitait à pratiquer la charité envers les pauvres et lui-même donnait l'exemple. Comme il disposait dans cette paroisse des droits de basse et moyenne justice, il les exerçait avec conscience, en s'efforçant de tempérer les peines inhumaines frappant les débiteurs insolvables. Il instaura la Bourse de Saint-Evre afin de procurer un prêt sans gage et sans intérêt aux pauvres occasionnels.

La biographe décrit l'œuvre accomplie par saint Pierre Fourier. La fondation de la Congrégation Notre-Dame, pour l'enseignement féminin, dépendit de sa rencontre avec Alix Le Clerc. Il comprit la mission apostolique qu'une femme pouvait exercer dans l'Église : ''En un siècle où les femmes étaient traitées en mineures, Pierre Fourier eut le mérite de croire à une vocation spécifiquement féminine'' (p. 111). Pédagogue, il inventa l'enseignement simultané pour s'adresser aux enfants de même niveau regroupés dans une même classe ; il voulait la gratuité des écoles pour n'exclure personne de l'instruction. Sur l'injonction de l'évêque de Toul, il réforma les Chanoines réguliers de Saint-Augustin en fondant la Congrégation de Notre-Sauveur, orientée vers l'apostolat. Dans le même temps, il exerçait ''un apostolat multiple''. Forcé de se rendre à Badonviller, il prêcha par la bonté autant que par la parole. À Mattaincourt, devant la disette, il se préoccupa des habitants pauvres ; devant la menace d'une épidémie de peste, il fit prendre des mesures d'hygiène rigoureuse. Face aux protestants et contre les pratiques de sorcellerie, il suscita l'adoration devant le Saint-Sacrement, la diffusion d'objets de piété et il redonna vigueur aux confréries. Sa santé malmenée par le surmenage, il comprit davantage les malades. Quand vinrent les années sombres où la Lorraine fut ravagée par la guerre, Pierre Fourier demeura fidèle au duc Charles IV. Traqué par les agents de Richelieu auquel il reprochait l'alliance avec les princes protestants et une politique dictée par la seule raison d'État, il dut s'exiler à Gray, alors en terre espagnole. Le transfert de son corps fut marqué, sur son passage, par les manifestations de piété du peuple lorrain.

Sœur Tihon ne décrit pas seulement la mise en œuvre de la Réforme catholique en Lorraine. Elle montre comment l'appel à la sainteté pour tout chrétien résume la pensée missionnaire de saint Pierre Fourier et correspond aux attentes de l'homme du XXIe siècle ; les intuitions de leur fondateur poussent les sœurs de la Congrégation Notre-Dame à adapter leurs engagements apostoliques pour faire ''tout le bien possible''.

J.-C. MEYER
(Exemplaire du BLE Tome CI n° 3 Août - Septembre 2000)





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