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Archive recensions histoire de l'Église

Hernandez MARTIN

Hernandez MARTIN, Francisco de Vitoria et la «Leçon sur les Indiens», Traduit de l'espagnol par Jacques Mignon, Paris, Éditions du Cerf, «Classiques du Christianisme», 1997, 160 p. Cet ouvrage, d'apparence modeste, mérite une lecture attentive. L'auteur, spécialiste de Francisco de Vitoria, le théologien-juriste de Salamanque fondateur du droit international, a édité le manuscrit de la «Leçon sur les Indiens» (donnée en 1539), transcrit par un disciple et conservé à la bibliothèque capitulaire de Palencia (Salamanque, Editorial San Esteban, 21992). Il publie, dans ce livre, les textes clés. Vitoria aboutissait à «une conclusion certaine : avant l'arrivée des Espagnols dans ces territoires, les Indiens avaient un véritable pouvoir tant public que privé». En contestant que l'empereur fût le maître du monde et en ordonnant le pouvoir temporel du pape aux choses spirituelles, Vitoria limitait la notion de guerre juste. Il précisait cette notion par l'étude des «titres légitimes possibles de l'occupation des Indes» : la communication naturelle entre les peuples, l'enseignement de la vérité et de la prédication évangélique, la protection des convertis, la défense des innocents (victimes des sacrifices humains), l'intervention demandée par des alliés Indiens. Mais Vitoria faisait remarquer : «Je ne doute pas que les Espagnols aient été obligés de recourir à la force et aux armes pour pouvoir se maintenir en ces terres. Je crains cependant que les choses aient été au-delà de ce que permet le droit» (p. 95). Il invitait aussi à la modération dans la prédication évangélique : «Il peut arriver qu'en mettant cela en pratique [les moyens de coercition] on n'empêche plutôt qu'on ne favorise la conversion des Indiens» (p. 95). Quant à l'administration directe par les Espagnols, au cas où les Indiens seraient incapables de se gouverner, Vitoria précisait : «Cela pourrait certainement se fonder sur le précepte de la charité [...]. J'avance cela sans le donner pour certain, et toujours avec cette restriction que cela soit fait pour leur bien et pas seulement au bénéfice des Espagnols» (p. 102). On sait l'influence de Francisco de Vitoria sur la fondation du droit international, particulièrement par l'intermédiaire de Grotius. Après le silence observé sur son euvre au siècle des Lumières, on reconnaît ses mérites au XXe siècle. Le droit naturel prôné par Vitoria se fonde sur l'être même de l'homme, créé à l'image et à la ressemblance de Dieu. L'auteur peut conclure : «Ce concept de l'homme avec ses droits enracinés en une même nature est universel et applicable aux Indiens, aux Européens et à toutes les races humaines dans le monde. C'est un concept, en outre, qui vaut pour l'homme comme personne individuelle mais aussi constitué en société politique ou en peuple» (p. 153). On retiendra aussi que Vitoria reprenait les mots de saint Paul : «Tout m'est permis mais tout n'est pas profitable» (1 Cor 6, 13). À l'aube du deuxième millénaire, cet ouvrage devrait être une contribution précieuse à une réflexion sur la paix. J.-C. MEYER





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