Accueil
- Archive recensions histoire de l'Église
-
Marianne MAHN-LOT

Marianne MAHN-LOT, Las Casas moraliste, Culture et foi, Paris, Éditions du Cerf, «Histoire de la Morale», 1997, 284 p.

On saura gré à l'auteur, spécialiste de Las Casas et du monde ibérique, d'avoir réuni différents articles pour faire comprendre le contexte humain et culturel du combat pour la justice mené par le défenseur des Indiens. Ainsi sont précisés le statut des Indiens au
XVe siècle, le rôle d'Isabelle la Catholique dans le bannissement des juifs, la personnalité «fortement illuministe» de Christophe Colomb. Las Casas réfuta les conceptions autoritaires de conversion (p. 107), la grâce divine suppléant au baptême (p. 20). L'auteur montre l'originalité de Las Casas dans les limitations qu'il apportait au droit de guerre, même par rapport à Francisco de Vitoria (p. 24). En 1542, il obtint l'abolition de «l'encomendia» et de l'esclavage des Indiens par les «Leyes nuevas». Évêque du Chiapas, il agit courageusement pour que l'esclavage y soit réellement aboli ; il dénonça la traite des Noirs vers 1550 et il se repentit de ne l'avoir pas fait plus tôt (p. 29).

Dans la mouvance de Las Casas se situèrent beaucoup de franciscains et de dominicains. L'auteur présente Domingo de Santo Tomás, au Pérou comme représentatif de ce courant. Celui-ci dénonça au Conseil des Indes les exactions commises ; évêque des Charcas, il adopta un mode de vie pauvre. Suivant Las Casas qui avait formulé le devoir de restitution à l'encontre de tous ceux qui, ayant profité de la Conquête, désiraient se mettre en paix avec l'Église (p. 169). Il imposa aux confesseurs d'exiger une réparation des torts causés par les colons pénitents. Des fonctionnaires furent aussi sensibles à cette influence : l'auteur cite la «Relación» écrite par Zolita sur les Aztèques et les causes de la dépopulation, ainsi que les rapports de l'»oidor» Tomás López sur les Indiens de Colombie menacés de disparition (p. 190). Premier chroniqueur des Incas, Cierza de León admirait Las Casas (p. 203). Las Casas orienta toute son action pour faire admettre aux Européens que les habitants du Nouveau Monde étaient des êtres rationnels. Dans son Apologética historia, véritable corpus d'anthropologie, il a su relater la valeur culturelle de ces différentes ethnies qui vivaient en sociétés organisées : «Il a compris que la civilisation européenne n'était pas un modèle unique à appliquer partout» (p. 225).

L'auteur résume la doctrine morale en une formule brève : «l'Évangile en acte». Las Casas posa un principe absolu : «Il n'est jamais permis de faire le mal pour qu'un bien s'ensuive». Comme le prince chrétien avait pour devoir d'assurer le bien commun, Las Casas commença son engagement par une lettre au Conseil des Indes (1531) : reprenant la parole du Christ, «l'heure est venue», et adoptant le style comminatoire dans «la lignée des prophètes de l'Ancien Testament» (p. 14), il écrivait : «Le sang des misérables crie vers le Ciel.» Douloureusement, Las Casas constata l'échec de ses efforts pour arrêter la «destruction» des habitants des îles : il put établir, en 1550, que dans l'île d'Haïti il ne restait plus de natifs, alors qu'il y en avait un million cent mille en 1493, qui furent victimes de la dureté du travail imposé et d'un choc microbien (p. 11). Le courage de Las Casas apparut aussi quand il se présenta comme témoin en faveur de Bartolomé Carranza, archevêque de Tolède, traduit devant le tribunal de l'Inquisition : la lecture de ces pages permet de comprendre l'iniquité de la procédure suivie, sa rigueur injustifiée, sans parler des procès sans réels fondements, tel celui instruit contre Carranza qui fut sévèrement condamné tandis que certains de ses amis furent exécutés.

Fidèle à sa vocation de rappeler le bien commun au Roi catholique, Las Casas voyait dans les Indiens maltraités «Notre-Seigneur Jésus-Christ flagellé, bafoué, crucifié» (p. 170). Son euvre témoigne que l'Évangile est le principe de tout renouveau dans la cité des hommes.

J.-C. MEYER





ICT, Institut Catholique Toulouse
Etablissement privé d'enseignement supérieur et de recherche reconnu d'utilité publique
31 rue de la Fonderie - B.P. 7012 | 31068 Toulouse Cedex 7
Téléphone : (33) (0)5.61.36.81.00 | Fax : (33) (0)5.61.36.81.08 Courriel : Nous contacter

Ce site utilise la plate-forme de gestion de contenu Web en ligne de l'ISCAM


Identifiez-vous

Mentions legales popup