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Serge LANCEL

Serge LANCEL, Saint Augustin, Paris, Fayard, 1999, 794 p. Ancien membre de l'École française de Rome, professeur émérite à l'université de Grenoble, spécialiste de l'Afrique du Nord dans l'Antiquité, Serge Lancel publie une remarquable biographie de saint Augustin. Cet ouvrage pourra être lu de deux manières : soit comme une introduction permettant une découverte de l'évêque d'Hippone, soit comme une clarification des débats qui traversent les courants de pensée issus du maître de la pensée chrétienne en Occident latin. L'ouvrage allie la clarté de l'exposition avec la rigueur de l'érudition. Des tables complètent une rédaction ample et élégante : repères chronologiques, table des euvres d'Augustin selon l'ordre chronologique, table de noms de lieux ou de personnes, index thématique, index des références des euvres citées et enfin une imposante bibliographie. Des croquis dans le cours du texte et de nombreuses notes sobres et érudites (p. 669-737) font de cette étude une mine de renseignements de première main. Trois parties structurent cette biographie de saint Augustin : 1. «L'enfant de Thagaste» (de la naissance d'Augustin au retour à Thagaste après sa conversion), 2. «L'évêque d'Hippone» (de son ordination au ministère presbytéral au lendemain de la conférence de Carthage en 411), 3. «Le docteur de la grâce» (de la controverse avec Pélage à la fin de sa vie dans Hippone assiégée par les Vandales). L'auteur manifeste un sens éminent de la méthode historique dans la mise en situation des personnages et des événements. L'auteur utilise avec sobriété et précision les résultats des fouilles archéologiques et les études sur la société du temps qui n'ignorent pas les éléments sociaux, économiques, politiques et culturels. Ainsi, le lecteur peut comprendre les personnes et les événements ; ainsi il est à même de relever les implications des décisions personnelles et des options intellectuelles qui font l'intérêt d'une biographie où la vie spirituelle est l'essentiel. La méthode de l'auteur lui permet d'éviter l'hagiographie ou l'abstraction d'une narration de la vie intellectuelle. En effet, l'auteur a su, par la méthode historique, situer les débats philosophiques et théologiques en donnant un tableau de la vie de l'Église dans un empire encore païen et confronté aux exigences de sa survie. Ainsi au plan philosophique la lecture des premiers traités et des Confessions permettent d'entrer dans une pensée toujours en mouvement, en relevant bien les influences, les héritages et les traits originaux qui seront ensuite repris dans une perspective strictement théologique. De même l'insistance sur les choix d'un genre de vie et donc d'une pratique morale donnent de la quête d'Augustin une dimension d'humanité qui anticipe sur l'exigence moderne d'authenticité au sens d'un accord réel entre la pensée et la conduite. Les analyses de la conversion faites en deux chapitres (chap. X : «La conversion de l'intelligence» et XI : «La conversion de la volonté») sont particulièrement suggestives. L'activité pastorale d'Augustin est retracée avec un grand bonheur narratif. Le souci qui l'habite est situé avec minutie par des informations précises sur le donatisme, la vie religieuse, les relations avec Rome ou la permanence du paganisme. Les portraits des amis et des proches comme ceux des adversaires (Pélage, Julien d'Eclane,...) sont vifs et éclairent bien le ton et le contenu des débats intellectuels. La réflexion théologique est placée dans le dynamisme de la vie personnelle et publique. Elle prend de ce fait un tour vivant qui permet de donner une introduction de qualité aux grandes euvres, lues et relues depuis lors. Les Confessions (chap. XX), le De Trinitate (chap. XXX) ou La Cité de Dieu (Chap. XXXI) sont ainsi rendus à leur terreau originel et paraissent plus proches, à l'écart de tout dogmatisme et des ajouts des commentateurs. Les Rétractations sont valorisées, non seulement dans le dernier chapitre qui rapporte les derniers mois de la vie du Maître, mais dès le début, pour souligner la profondeur des choix et les justifier. Les débats sur la grâce, le péché ou l'expérience religieuse sont replacés dans le chemin d'une humanité dont on mesure bien la réalité, si lourde et si belle à la fois. L'histoire de l'activité pastorale est l'occasion d'une relecture des commentaires de l'Écriture et de la prédication. Quelques citations montrent la fulgurance du génie littéraire dans le vif de la mêlée où prime la charité. Au moment où paraît dans la collection de «La Pléiade» les euvres de saint Augustin, il faut souhaiter que ce livre lui aussi fasse connaître l'évêque d'Hippone et la théologie à un large public. J.-M. MALDAMÉ





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